En trente ans, la valeur du bac s'est effondrée

Publié le par Esprit Campus

LEFIGARO.fr le 14 juillet 2009 par Marie-Estelle Pech

Après un taux de réussite record de 86 % en 2009, les critiques pleuvent sur un diplôme «bradé». Amorcée en 1985, la démocratisation du bac montre ses limites.

Le bac a-t-il encore un sens alors que 86 % des candidats l'ont réussi cette année, un record ? On le dit bradé, pourtant, il reste aussi indéboulonnable que la tour Eiffel, affirment les ministres qui se succèdent. Car évoquer la fin du bac, c'est briser un symbole, celui de l'égalitarisme républicain, celui du diplôme unique qui donne accès à l'enseignement supérieur quel que soit le lycée d'où l'on vient. C'est abandonner l'objectif fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de Mitterrand, de porter 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac.
Mais de quel bac parle-t-on ? Car il en existe soixante-six aujourd'hui ! Au final, seuls 34 % d'une classe d'âge se voient délivrer un baccalauréat dit général - littéraire (L), économique (ES), ou scientifique (S) - le plus prestigieux dans l'opinion. C'est aussi le seul comparable au diplôme originel. Pour parvenir à 66,4 % de réussite dans une classe d'âge, il faut ajouter les filières technologique et professionnelle, inventées en 1968 et 1985 pour démocratiser le diplôme. Le record de cette année (86 % de réussite contre 83 % l'an dernier) est précisément lié à l'augmentation du succès au bac «pro». Pour la première fois, ses candidats ont eu droit à une épreuve de rattrapage, une réforme de l'ancien ministre de l'Éducation Xavier Darcos.

Le bac général, lui, est-il vraiment plus facile qu'avant ? Oui, répondent les enseignants. Les copies sont truffées de fautes d'orthographe, racontent-ils. «Sur un paquet de cent vingt copies, une dizaine sont rédigées en langage texto», s'exaspère un professeur de philosophie. Des études comparatives l'ont démontré : dès le primaire, le niveau est en forte baisse, comme le montrent les résultats à une même dictée à vingt ans d'intervalle. Lors des réunions d'harmonisation des notes, pour stabiliser les taux de réussite, les correcteurs peuvent être amenés à relever leurs appréciations. Un pourcentage important des copies voit leurs notes augmentées. D'ailleurs, dans certaines disciplines, le barème est au-dessus de 20, avec au final des notes surévaluées.
Même le niveau du bac S, le plus prestigieux, est remis en cause. Pour le recteur de l'académie de Versailles, «il est devenu l'un des bacs les plus faciles à obtenir». Selon un professeur en classe prépa scientifique, «depuis les années 1980, une grande part des réformes a eu pour but de rendre les sciences d'assimilation plus faciles. Ceci s'est payé par une baisse du niveau». Les responsables d'écoles d'ingénieurs s'inquiètent d'un bac qui serait devenu «moins scientifique» car depuis dix ans, le nombre d'heures de maths a été revu à la baisse.
L'an dernier un rapport sénatorial s'inscrivait en faux contre les Cassandre : «Non, le bac n'est pas dévalué puisqu'un tiers d'une génération ne le présente pas ou le rate.» Et ceux qui n'obtiennent pas le diplôme ne peuvent plus prétendre à un emploi d'enseignant ou de cadre, comme il y a trente ans. Enfin, la France reste en dessous des pays développés de l'OCDE : l'objectif fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement de porter 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac est loin d'être atteint.

Question taboue

Si supprimer le bac s'avère trop périlleux politiquement, certaines matières ne pourraient-elles pas être passées au contrôle continu, comme l'avait proposé en son temps François Fillon ? Il avait été désavoué par la rue… Reste à voir si la future réforme Chatel-Descoings du lycée abordera ce sujet sensible car, pour un élève de terminale, une discipline qu'il ne passe pas au bac perd une grande partie de sa valeur.
Un rapport de la Banque mondiale explique la mauvaise position des universités françaises dans les classements internationaux par l'absence de sélection à l'entrée. Cette question reste taboue mais la sélection existe de façon larvée puisque seuls 64 % des inscrits obtiennent une licence, souvent après avoir redoublé. Un échec en partie lié à l'afflux des bacheliers professionnels et technologiques qui s'inscrivent à la fac, même s'ils n'y sont pas préparés. Aujourd'hui, 40 % des 25-34 ans ont un diplôme de l'enseignement supérieur, contre 20 % il y a vingt ans. Aux États-Unis c'était déjà 40 % il y a vingt ans. «La France a rattrapé son retard mais doit s'atteler aux problèmes que les autres pays ont résolus, comme l'efficacité des formations universitaires et leurs débouchés», affirme Éric Charbonnier, expert auprès de l'OCDE. L'orientation apparaît bien comme la clef de la prochaine réforme du lycée

Publié dans Lycée et Bac

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