MASTERISATION : VALÉRIE PÉCRESSE ANNONCE LE CALENDRIER

Publié le par Esprit Campus

sciences.blogs.liberation.fr le 15  juillet 2009

  Aujourd'hui, Valérie Pécresse s'est rendue devant les membres du CNESER pour y prononcer un discours qui ressemble beaucoup à une tentative de déminage de la rentrée universitaire.
Mission principale : annoncer que la réforme dite de la mastérisation n'est pas écrite, que son contenu sera élaboré à travers une concertation qui durera jusqu'en décembre 2009.


La ministre s'est ainsi bien gardé d'émettre quelque opinion sur les places et contenus respectifs des concours, des formations disciplinaires et pédagogiques, des stages, du devenir des enseignants d'IUFM etc. En revanche, elle a insisté sur un calendrier qui devrait permettre aux différents acteurs de défendre leurs points de vue. Voici quelques extraits significatifs de son discours sur ce point , et surtout, en geste de bonne volonté, a annoncé que les décrets préparés par Xavier Darcos ne seront pas publiés avant la fin de la concertation :
«Réussir la masterisation, cela veut aussi dire donner toute sa place à la concertation. C’est pourquoi nous avons engagé la discussion avec les organisations syndicales en mettant en place des groupes de travail. Nous sommes ainsi arrivés à des conclusions claires sur de nombreux sujets. Sur d’autres, des pistes de réflexion ont été ouvertes. Dans tous les cas, ces réflexions nous ont permis d’avancer. De la même manière et quelles qu’aient été les circonstances, la commission présidée par William Marois et Daniel Filâtre a beaucoup travaillé. Elle nous présentera ses conclusions vendredi : avec Luc Chatel, nous les attendons avec intérêt et même impatience, car à nos yeux, ces travaux sont au cœur de la réflexion commune que doivent conduire ensemble le secondaire et le supérieur. C’est pourquoi nous nous sommes engagés avec Luc Chatel à ce que les décrets sur le statut des enseignants du second degré ne soient pas publiés avant que nous n’ayons pu prendre connaissance de ces travaux et de l’avoir fait de manière approfondie.»

Le calendrier est désormais le suivant : «En novembre prochain, les groupes de proposition devraient avoir achevé leurs travaux. Leur organisation permettra de respecter la suite logique qui conduit des maquettes de concours aux maquettes de diplôme, puis à la formation continuée. La singularité des différents concours – agrégation, CAPES, concours de professeur des écoles ou de professeur de lycée professionnel – sera prise en compte dans le respect d’un cadre commun. Au cours du mois de décembre, au vu des conclusions des différents groupes, je recevrai avec Luc Chatel les partenaires de la concertation, pour recueillir leur sentiment avant de procéder aux derniers arbitrages sur les maquettes de concours et le contenu des masters. Je tenais à vous le dire : vous pourrez suivre l’avancée de ces réflexions, car le cadrage national des masters fera l’objet d’une discussion au CNESER. De même, une fois que les universités nous auront transmises leurs offres et maquettes de formation, à la mi-avril, elles seront naturellement soumises pour avis au CNESER.»

Par ailleurs, la ministre revient dans son discours sur le passage à l'autonomie de nouvelles universités, sur le plan licence, l'aide sociale aux étudiants, leur insertion professionnelle, l'allocation des moyens aux universités ou la simplification de la gestion des laboratoires universitaires.

Les organisations syndicales suivantes
 . FSU,  SNESUP-FSU, SNASUB-FSU, SNETAP-FSU
 . CGT, UNSA, CFTC, CESEN Autonomes, SNPDEN
 . UNEF, FAGE
ont réagi à ce discours par un communiqué commun :

Une rentrée sous haute tension ?
Le 15 juin dernier, le Directeur Général (DGSIP) annonçait enfin une séance plénière du CNESER le 7 juillet attendue depuis le début de l’année 2009. Devant le puissant mouvement de contestation de la communauté universitaire et scientifique engagé fin janvier et les vraies réponses que le gouvernement se devait d’apporter, à quatre reprises, la large majorité des organisations représentées au CNESER ont exigé une séance plénière en présence de la Ministre. C’est sans ordre du jour et au lendemain du 14 juillet que cette séance a lieu. Les organisations soussignées dénoncent le mépris affiché à l’encontre du CNESER.

Vous déniez ainsi son rôle et celui de sa représentation élue, largement attachée au service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le mouvement dans les universités et les organismes a permis le retour d’un financement des emplois 2009 et l’annonce du gel des suppressions d’emplois pour 2010-11 dans l’enseignement supérieur puis dans la recherche, ainsi que la restitution d’emplois associés aux chaires mixtes dans les organismes de recherche, ce qui a rendu effectif des recrutements au CNRS. Si le ministère a été contraint de reconnaître l’augmentation des tâches administratives et pédagogiques qui se sont ajoutées aux missions des enseignants chercheurs, rien n’est envisagé pour leur financement et celui de l’application de l’égalité TP=TD à la rentrée, rien n’est annoncé en matière de créations d’emplois pour la prise en compte de ces charges.

C’est donc une rentrée difficile dans les établissements qui se prépare. Nous demandons la création d’un collectif budgétaire permettant leur financement et exigeons des mesures sur l’emploi public pour que les établissements puissent assurer leurs missions de service public et que des mesures de résorption de la précarité soient engagées. Au moment où il est question de revenir sur le modèle d’allocation des moyens aux établissements (dit « SYMPA »), nous exigeons un mode de financement à la hauteur des besoins des établissements – et de leurs composantes article L. 713.9 que sont les IUT et les IUFM - et à être associé à la révision du mode d’allocation des moyens. Alors que ces dernières semaines, les annonces d’augmentation des dépenses obligatoires des étudiants se sont succédées aucune annonce sur l’augmentation des bourses n’est prévue. Pire encore au vu de la situation de crise qui touche particulièrement les étudiants aucune mesure d’urgence n’a été annoncée. Alors que le chantier vie étudiante ouvert en janvier dernier aurait pu être un lieu de concertation, il n’a débouché sur aucune mesure concrète.

La rentrée va être très difficile et la situation sociale des étudiants va se retrouver aggravée suite à l’augmentation des droits d’inscription décidée en juin dernier. Alors que plus de 50% des étudiants sont obligés de se salarier pour financer leurs études et que plus de 100 000 étudiants vivent sous le seuil de pauvreté, cette nouvelle augmentation est un frein supplémentaire à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Pour la première fois cette année, la part d’une génération accédant à l’enseignement supérieur est en recul. La réussite des étudiants dans l’enseignement supérieur ne semble pas faire partie des « dépenses d’avenir » avancées par le Président de la République le 22 juin devant le congrès. Pourtant, étudier dans de bonnes conditions, sans devoir travailler pour financer ses études, est une des conditions majeures de la réussite dans ses études, il est donc nécessaire d’annoncer au plus vite une augmentation conséquente des bourses et un élargissement de la période sur laquelle elles sont versées, 10 mois au lieu de 9.

Pour ceux qui n'aurait pas suivi le film, voici un bref rappel du dossier mastérisation :

La réforme de la formation et du recrutement des enseignants du primaire et du secondaire lancée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse a provoqué un séisme à répliques.
-Elle a mobilisé largement les UFR de SHS et les IUFM, donnant lieu à une opération de véritable «désobéissance civile» de la part de fonctionnaires avec le refus d'envoyer les «maquettes» des formations à l'Agence d'évaluation de l'enseignement supérieur et de la recherche.
-Le caractère très large de la protestation a permis de faire taire les concurrences boutiquières entre certaines universités géographiquement proches, comme Paris-1 et Paris-4, dont on aurait pu craindre que chacune tente de « piquer » les étudiants de l'autre en déposant ses maquettes.
 -Les deux ministres ont dû manoeuvrer en recul, faire des concessions sur le contenu et le calendrier de la réforme.
-La CPU, divisée sur le sujet, a soufflé le chaud et le froid.
-Enfin, elle a mis en difficulté la FSU, où les syndicats des différentes grades de l'éducation n'ont pas partagé la même analyse de la réforme.

De quoi s'agit-il avec cette réforme ? Valérie Pécresse la décrit ainsi : l'enjeu de la réforme de la formation des professeurs est «un enjeu de qualité : une plus grande qualité de la formation des futurs enseignants pour assurer une plus grande qualité de l'enseignement dispensé à nos élèves». Quant à Xavier Darcos, il a répété ad nauséam qu'elle permettrait de «payer mieux» les enseignants et d'allonger leurs études afin de mieux les former. Mais y a t-il allongement des études, comme le soutient le ministre... ?

La situation pré-réforme consiste à passer une licence (3 ans), puis à préparer un concours (1 an) puis à suivre une année de formation pratique comme fonctionnaire stagiaire, avec (exemple du certifié en lettres) 690 heures de cours annuel et 6 à 8 heures par semaine de stage en classe, encadrées par des visites de formateurs et un conseiller pédagogique. Autrement dit, la réussite à toutes les années post-bac signifie que l'enseignant n'est pas en pleine responsabilité d'une classe pour un horaire complet avant le 6ème mois de septembre suivant son bac.

La réforme telle qu'elle a été présentée initialement par Xavier Darcos consistait à faire passer un master (bac plus 5 mais avec seulement 340 heures de cours en M2), et lors de cette année de M2, a passer le concours de recrutement. Puis, le 6ème mois de septembre après son bac, le nouvel enseignant était placé en poste à temps plein, 18h de cours par semaine à assurer pour un certifié de lettres, son complément de formation n'étant assuré que de surcroît. Il n'y avait donc pas allongement des études. Mais diminution du volume horaire des cours... le tout au détriment de la formation pratique et pédagogique. Au passage, l'Etat faisait l'économie des salaires de l'année de fonctionnaire stagiaire. Et, l'année de l'entrée en vigueur de la réforme, pouvait compter sur un volant de l'équivalent d'environ 5000 postes à temps plein supplémentaires puisque les nouveaux recrutés n'allaient pas en année de formation mais directement au turbin.

De cette vision initiale de la réforme, il demeure l'architecture. Mais le gouvernement a dû reculer sur la date de sa mise en vigueur, sur la mise en place de stages et de formations complémentaires après le master et la réussite aux concours, la nécessité de multiplier les bourses sur critère sociaux pour combattre l'aspect sélection sociale de la réforme à été reconnue, le gouvernement a dû mettre en place une énième commission (Marois-Filâtre) pour faire des propositions, commission qui a volé en éclat sous les coups de boutoirs de Darcos, juste avant de quitter le ministère...

Bref, tout cela sent l'idéologie, la précipitation, la volonté d'économiser des postes, le refus d'améliorer vraiment la formation des enseignants. En outre, cette réforme fondamentale repose sur un déni de réalité gigantesque : en 2007, moins de 18% des présents aux épreuves du Capes l'ont obtenu, ce qui n'a rien à voir avec le niveau des candidats, mais résulte mécaniquement du nombre de postes d'enseignants au budget de l'Etat. De ce fait découle que la seule bonne réforme possible est celle qui réorganise les formations à bac plus 5 en fonction de cette réalité : il faut préparer plus de 80% de ces étudiants à exercer un autre métier. C'est plus important, pour la société et pour les étudiants, que de sélectionner moins de 20% d'entre eux.

Une fois que l'on a posée cette exigence, on s'aperçoit immédiatement qu'il faut recruter les enseignants plus tôt dans leur cursus de formation, afin de permettre à ceux – majoritaires ! - qui ne le seront pas de préparer sérieusement leur vie active par une formation à d'autres métiers. En outre, c'est la seule solution permettant de distinguer ceux – très minoritaires – qui ont le potentiel et la volonté d'aller vers un doctorat afin de leur proposer la voie qui y conduit. De ce point de vue, la confusion entre la préparation à un concours d'enseignement du primaire et du secondaire et la voie vers un Bac plus 8 et le niveau professionnel qui en découle est une hérésie et une faute politique.

Publié dans Actu étudiante

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article