L'université française n'est pas assez engagée dans les diplômes "verts"

Publié le par Esprit Campus

LEMONDE.fr le 29 juillet 2009

Les universités françaises sont-elles prêtes à "fournir" au marché de l'emploi les ingénieurs, cadres et techniciens susceptibles de développer cette économie du développement durable si prometteuse ?
 En observatrice avisée des questions environnementales à l'université, Sylvie Faucheux, à la tête du campus de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (17 000 étudiants), en doute.

Tous les ingrédients semblent a priori réunis. Premier atout, la plupart des disciplines sont concernées, et pas seulement les plus scientifiques d'entre elles. La production, le stockage, la distribution des énergies renouvelables, la conception des écoquartiers qui concernent les aménageurs, les urbanistes, les architectes, le droit de l'environnement, la finance, les marchés de permis d'émission... représentent autant de gisements de recherche et de formation. Des emplois "à très haute valeur ajoutée" mais aussi des postes de techniciens sont à portée de diplômes. D'où le succès des licences professionnelles montées sur ce créneau. Nombre de projets sont encore dans les laboratoires. "Il faut accélérer le passage de la recherche vers le marché, ce qui représente autant de débouchés pour les doctorants", insiste Mme Faucheux.

Deuxième atout, les jeunes en sont friands. "Ce type de problématique réattire les jeunes vers les filières scientifiques car elle leur redonne du sens", appuie l'universitaire. Le master 2 "sciences de l'environnement, du territoire et de l'économie" de son établissement a enregistré 400 sollicitations. La demande des étudiants a même précédé l'offre de formation, renchérit Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic.

"BOUSCULER LES BARONNIES"

Ce site Internet, qui publie depuis 2005 un guide des formations bac+ 5 sur le développement durable, observe une très forte augmentation (+ 49 %) de leur nombre. Plus que la formation continue, la formation initiale a bénéficié de ce bond en avant. "Les composantes du développement durable sont devenues concrètes", particulièrement en agronomie, dans les métiers de l'eau et ceux de l'aménagement du territoire, observe Mme Husson-Traoré.

Pourtant, "la France est en retard", maintient Sylvie Faucheux. Elle en veut pour preuve la part de plus en plus faible de la France dans les dossiers déposés au niveau européen, via l'Agence nationale de recherche, notamment dans les projets qui relèvent des écotechnologies. La faute en incombe, selon elle, à des investissements publics et privés insuffisants.

Plus ennuyeux, la culture et l'organisation de l'université freinent la création des diplômes de demain. "Si nous voulons bâtir des formations pertinentes, elles doivent être transdisciplinaires, ce qui suppose de bousculer les baronnies", explique la présidente d'université. Une fois les diplômes créés, l'université doit savoir les rendre "visibles" pour attirer les étudiants mais aussi les partenaires financiers éventuels. Autant de démarches auxquelles les universitaires ne se plient pas volontiers.

Publié dans Actu étudiante

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