Des étudiants français mettent en cause les pratiques des agences de placement à Londres

Publié le par Esprit Campus

lemonde.fr 11.08.09

La solution parfaite." Trois mots suffisaient à Antoine, étudiant en école de commerce, pour qualifier l'agence de placement à laquelle il a fait appel avant de partir pour Londres. Certain d'avoir un logement à son arrivée et un emploi rapidement, il est parti cet été confiant. A 21 ans, sa première expérience à l'étranger serait un succès. Amère désillusion. "C'est une vaste arnaque. J'ai perdu 700 euros pour un résultat nul, s'emporte-t-il encore un mois après. J'ai fait 6 heures de ménage pour rendre le logement vivable, et je n'ai pas trouvé d'emploi."

Pour 600 € en moyenne, tout frais cumulés, des organismes comme LondonJob, EuroJob ou encore GlobalGap (dont le numéro n'est "plus attribué") proposent deux services indissociables : l'obtention d'un logement et la garantie d'un entretien d'embauche. "La nuance est subtile car cela n'est absolument pas une garantie d'emploi", précise Thibault, un autre étudiant parti en juin à Londres avec une de ces agences, et revenu en France moins d'un mois après son arrivée. "J'avais rendez-vous au restaurant dit la Pâquerette, situé prétendument dans le quartier de la City. Trois fois, j'ai rappelé mon agence, trois fois ils m'ont donné un numéro différent. Je l'ai cherché et je ne l'ai jamais trouvé. Ce restaurant n'existe tout simplement pas", raconte-t-il. "Ce sont des jeunes, très jeunes. C'est pour cela qu'ils ne trouvent pas l'endroit. Quel est notre intérêt de leur donner une mauvaise adresse ? Ça n'a pas de sens !" rétorque une collaboratrice de LondonJob, chargée de l'accueil des Français.

"DÉBANDADE"

Sur le site du consulat de France à Londres, un avertissement clignote à l'intention des "nombreux jeunes Français souhaitant s'expatrier en Grande-Bretagne". "Cela fait plusieurs années que je me bats contre ces agences", explique Laurence Parry, responsable du Bureau emploi au consulat. Chaque semaine, elle reçoit une dizaine de jeunes, victime d'une agence dite de placement. "C'est un gros marché pour ces organismes et il y a de plus en plus de victimes. Cet été, c'est la débandade", s'exclame-t-elle. Selon le consulat, 400 Français passeraient contrat chaque mois avec LondonJob. Le contexte est favorable. La pénurie de logements à loyers modérés et la crise économique incitent fortement les jeunes à se tourner vers ces organismes censés encadrer leur arrivée. D'autant que pour la plupart des étudiants concernés, l'obtention d'un emploi est essentielle : leur passage en année supérieur est conditionné à une expérience professionnelle à l'étranger.
"Nous ne pouvons pas grand-chose pour ces jeunes, qui arrivent au consulat complètement déprimés. Les contrats sont solides. Le seul recours est la Cour européenne des droits de l'homme", poursuit Laurence Parry. Deux avocates francophones, Nathalie Lobel et Sybille Idrac-Raphael, ont ouvert une consultation gratuite tous les jeudis de 19 heures à 20 heures, à St Mary's Church. Bénévolement, elles répondent aux questions de droit et étudient les possibilités d'action. Les commentaires recueillis par le consulat se ressemblent : mauvaise adresse, rendez-vous fictif, trente personnes présentées pour un seul poste à pourvoir...
Pour leur part, les organismes contactés tiennent peu ou prou le même discours. "Je travaille ici depuis trois ans. Je sais seulement qu'il y a eu deux plaintes résolues, il y a longtemps, affirme la collaboratrice de LondonJob. Notre mission est de réserver des chambres et de mettre les jeunes en contact avec des agences." "En quatorze ans nous n'avons jamais eu aucune plainte ! Sur les 800 dossiers que nous traitons, nous avons moins de 1 % d'échecs", affirme Dany, responsable de l'agence EuroJob.
Le consulat invite les étudiants à le consulter pour connaître les organismes fiables. "Avec les plaintes déposées au Bureau emploi, nous répertorions les agences de placement qui ne sont pas crédibles. Lorsque je reçois une demande de renseignements sur elles, je vérifie dans ma liste ", conclut Laurence Parry.

Bureau emploi du consulat de France : 0044 (0) 207- 073-12-26
contact@emploiformation.org.uk

Amélie Poisson
Article paru dans l'édition du 12.08.09.

Publié dans En France et ailleurs

Commenter cet article