Situation alarmante des étudiants en cette rentrée, selon leurs syndicats

Publié le par Esprit Campus

De Emmanuel DEFOULOY (AFP) le 8 septembre 2009

PARIS — Les deux grandes organisations étudiantes ont dressé en cette rentrée un tableau très sombre des conditions de vie étudiantes et de l'insertion des jeunes, tableau relativisé par la ministre Valérie Pécresse ce qui lui a valu le reproche d'être "déconnectée de la réalité".

D'ordinaire, l'Unef, premier syndicat étudiant, plutôt proche du PS, et la Fage, deuxième organisation représentative et réseau indépendant d'associations, n'ont pas les mêmes positions. Mais en cette rentrée marquée par la crise, leur diagnostic comme leurs revendications convergent.

Concernant les conditions dégradées de vie des étudiants et d'insertion professionnelle des jeunes en général, la Fage "tire la sonnette d'alarme" et l'Unef lance un "appel solennel" à Nicolas Sarkozy.

Leur constat: manque de logements sociaux étudiants, hausse des loyers de petites surfaces dans les grandes villes, dépenses qui augmentent plus vite que les aides, revalorisation des bourses "en deçà des besoins", jobs étudiants en baisse et chômage des jeunes en hausse.

En conséquence, toutes deux prônent une hausse des aides au logement et la création d'un 10ème mois de bourse en septembre, alors que les bourses ne sont pas versées durant ce mois où les étudiants en ont le plus besoin (installation en logement, droits d'inscription, etc.).

La Fage demande aussi une "allocation de rentrée étudiante" et l'Unef une "aide à la recherche du premier emploi".
En réponse, la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse a assuré soutenir le pouvoir d'achat étudiant, via sa revalorisation des bourses de 1,5% à 3% en cette rentrée.

Surtout, Mme Pécresse a contesté les calculs de l'Unef et la Fage quant à un coût de la rentrée et de la vie étudiantes en hausse de 3% environ.

Ce coût est "relativement stable, voire même à la baisse" car "les prix à la consommation baissent tous cette année" et "les loyers sont stables sur l?ensemble de la France, voire avec une tendance à la baisse", a-t-elle dit.
"Le gouvernement semble déconnecté de la réalité" et notamment Mme Pécresse "qui fait semblant d'ignorer" que les loyers étudiants de petites surfaces n'évoluent pas comme la moyenne des loyers, lui a rétorqué le président de l'Unef, Jean-Baptiste Prévost.

Pire, la France connaît peut-être déjà une "rupture historique" avec une baisse de la proportion d'une génération qui poursuit des études supérieures: l'Unef y voit notamment pour preuve la hausse récente du taux d'activité des 15-24 ans mesuré par l'Insee.

Cette proportion des 15-24 ans au travail et au chômage a augmenté en début d'année, reflet selon l'Unef d'une désaffection des jeunes Français pour les études due surtout aux conditions de vie dégradées par la crise et non comme certains le disent aux récents mouvements universitaires.

"Il y a urgence à enrayer ce processus. Pour préparer l'après-crise, notre pays a besoin d'emplois qualifiés", selon M. Prévost.

Interrogé par l'AFP, Philippe Askenazy, économiste au CNRS qui vient de faire une analyse similaire, reconnaît que ce lien peut être sujet à interprétations.
Mais ce qui est "certain" selon lui est qu'"on ne constate pas de hausse nette du nombre de jeunes poursuivant leurs études, contrairement à ce qui s'est vu en France lors de la crise de 1993 ou ce qui se passe actuellement dans des pays étrangers".
"En soit, c'est un phénomène inquiétant pour notre pays", souligne-t-il en appelant les jeunes à ne pas stopper prématurément leurs études supérieures.

Publié dans Actu étudiante

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