Rififi à l'Assemblée autour d'un texte UMP sur le vote électronique en fac

Publié le par Esprit Campus

 De Samir TOUNSI le 28 septembre 2009

 

PARIS — Un texte a priori anodin, en faveur du vote électronique à l'université, a provoqué un bras de fer entre les députés UMP, soutenus par la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, et le président PS de la commission des Finances Didier Migaud.

La proposition de loi a été votée lundi soir, en première lecture. Seule la droite l'a approuvée. La gauche a émis un vote négatif contre une "fausse bonne idée", selon les termes de Régis Juanico (PS).

Ce texte doit encore être adopté dans les mêmes termes par le Sénat pour entrer en vigueur. Il permet à chaque établissement d'enseignement supérieur de pouvoir choisir son mode d'élection: vote papier traditionnel ou vote électronique. "La proposition de loi n'oblige personne", a déclaré la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse.

C'est le benjamin du groupe UMP, Arnaud Robinet, qui a déposé ce texte pour tenter de doper la participation aux élections universitaires qui plafonnent entre 15 et 20% du corps électoral selon lui.

Si le texte a été adopté en commission mi-septembre, M. Migaud l'a déclaré irrecevable pour l'essentiel parce qu'il entraîne une nouvelle charge financière pour l'Etat.

"Cette décision n'est qu'une manoeuvre politique destinée à faire tomber un texte qui n'a d'autre objet que de renforcer la démocratie étudiante", a dénoncé M. Robinet.

Fait rare, le président UMP de l'Assemblée, Bernard Accoyer, a fait lire par le président de séance un message dans l'hémicycle pour apporter son soutien à M. Migaud, dont la décision "ne prête à aucune contestation".

Pour que la discussion sur le texte ait lieu, la majorité a donc dû compter sur l'aide du gouvernement. "Je suis venue pour dire que je rétablis ces articles en reprenant mot à mot le texte que vous aviez adopté dans votre commission des Affaires culturelles", a déclaré Valérie Pécresse en ouverture des débats. 

Dans une réponse indirecte à M. Migaud, elle a affirmé que le vote électronique était "une solution beaucoup moins coûteuse pour nos universités", "15% moins cher que pour l'organisation des élections papier".

Mme Pécresse a aussi estimé que le vote électronique à ces élections allait dans le sens de l'histoire, évoquant "une évolution naturelle" et un "gage de transparence".

Le député PS Patrick Bloche a craint que cette mesure "ne traduise la tentation de consulter les étudiants par voie électronique pour casser les mouvements de grève". "C'est une fausse bonne idée, un texte en décalage avec les préoccupations des étudiants", a renchéri M. Juanico.

La polémique a rebondi dans la communauté étudiante où les rivalités syndicales, mêmes si elles ne concernent qu'une minorité des deux millions d'étudiants, sont très vives.

L'Unef, première organisation étudiante, a elle aussi demandé, en vain, au gouvernement de "retirer le texte de l'ordre du jour de l'Assemblée" et de "reprendre ce dossier en main avec sérieux, en ouvrant de véritables concertations". 

Sud Etudiant estime que le vote électronique "ne permet pas de garantir le secret du vote et risque donc de susciter, chez les votants, une méfiance légitime". A l'inverse, l'Uni (droite) y voit une "piste intéressante". 

Publié dans Actu étudiante

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Matif 07/10/2009 14:04


Ce qui est vraiment curieux, c'est que Migaud n'ait pas censuré les trois articles de la proposition de loi. Le seul qu'il a laissé entrainait aussi des dépenses supplémentaires...

Mystère de la cuisine parlementaire...


Matif 07/10/2009 10:29


La ministre a rétabli les articles censurés et la loi a été votée.

Le vote par internet va donc remplacer dans certaines universités les vrais votes avec urne transparente, bulletins en papier, isoloirs et liste d'émargement qui étaient utilisés jusqu'à présent
pour élire les membres des conseils...

Je comprends la ministre, il n'y a aucune autre urgence à l'université, et, surtout, il faut accoutumer les jeunes à leur statut de sous-citoyens (les vieux, habitués à d'autres moeurs, renâclent).
Quel bonheur de voter avec confiance, sans avoir la possibilité de contrôler quoi que ce soit (un souci en moins !). C'est aussi un vrai progrès pour les vendeurs de "solution informatique" qui ont
enfin trouvé un marché prometteur alimenté avec du bon argent public.

Et le vote par internet a fait ses preuves. Par exemple, il a fait brillamment chuter de 44% à 32% le taux de participation aux dernières élections au conseil d'administration du CNRS (!) en juin
dernier. Ces chercheurs du CNRS sont tellement bêtes qu'ils n'ont pas compris leur chance.

D'organisation complexe, coûteux, ce nouveau mode de vote présente en outre la particularité d'être complètement opaque : fini les scrutateurs, bonjour les bourrages d'urnes invisibles.

L'ASTI, fédération de 30 associations professionnelles et scientifiques d'informaticiens (plus de 5000 membres dont de nombreux chercheurs) a d'ailleurs été très claire sur le sujet :
« l'ASTI recommande que [...] pouvoirs publics, partis politiques et société civile ne recourent en aucune manière au vote électronique anonyme »

Signer et FAIRE SIGNER la pétition nationale pour le maintien du vote papier
www.ordinateurs-de-vote.org/Comment-agir.html