De nombreux étudiants aux frontières de la pauvreté

Publié le par Esprit Campus

La-croix.com le 28 septembre 2009

 

Beaucoup sont obligés d’occuper un emploi plus ou moins régulier. Ce qui souvent hypothèque leur réussite aux examens

Certains signes ne trompent pas. « Quand je demande à mes étudiants de m’indiquer une adresse mail pour pouvoir communiquer facilement, beaucoup finissent par me donner celle d’un parent ou d’un ami », raconte Patrick Rayou, professeur des sciences de l’éducation à l’université Paris 8. « À l’évidence, ils ne disposent pas de leur propre ordinateur. » De même, il n’est pas rare qu’un étudiant n’ait pas lu les livres recommandés, faute d’avoir pu se les payer. « Pour avancer dans les cours, nous sommes obligés de scanner ou photocopier – illégalement – les ouvrages », confie-t-il.

Dans cette université symbole de la massification de l’enseignement supérieur, un étudiant sur deux est d’origine modeste. Et l’an dernier, 30 % des inscrits déclaraient occuper un emploi à temps plein ou à temps partiel. « À l’origine, Paris 8 accueillait des salariés étudiants, des syndicalistes et autres militants désireux de reprendre des études. Aujourd’hui, notre université compte surtout des étudiants salariés, des jeunes qui n’ont d’autre choix que de travailler pour pouvoir étudier. »

Un poste de caissier à mi-temps

Clément, 22 ans, est de ceux-là. Après avoir passé l’été à travailler dans l’intérim, cet étudiant en 3e année se réjouit d’avoir déniché un poste de caissier à mi-temps, tout près de l’appartement qu’il occupe en colocation. Bien sûr, certains horaires de travail se chevauchent avec les heures de cours. Et Clément sait que mener de front job et études a déjà contribué à lui faire redoubler sa 1re année. Mais il n’a pas le choix. Ses parents – un père commercial et une mère au chômage – vivent dans le Loir-et-Cher et ne peuvent le soutenir qu’à hauteur de 100 à 200 € par mois, somme à laquelle s’ajoutent 110 € d’aide personnalisée au logement. Depuis la réforme du système de bourse et l’instauration d’un échelon 0, l’an dernier, cet étudiant n’a plus à s’acquitter de ses frais de scolarité. Mais ses parents perçoivent des revenus trop élevés pour qu’il puisse bénéficier d’un réel coup de pouce…

Comme Clément, de nombreux étudiants sont tenus de travailler pour financer leurs études. Selon une étude menée en 2006 par l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), un jeune sur deux exerce durant l’année universitaire une activité rémunérée, qui peut aller du baby-sitting à un emploi de nuit régulier. Plus préoccupant : 13 % travaillent au moins à mi-temps, au minimum pendant un semestre. Leurs chances de passer les examens avec succès sont alors inférieures de 40 % à celles des autres étudiants.

Comme Clément, beaucoup des étudiants qui rencontrent des difficultés financières sont issus de ces classes moyennes « tombées dans un trou noir », comme le dit Jean-Baptiste Prévost, le président de l’Unef. « Ces familles sont trop riches pour que leurs enfants reçoivent une bourse sur critères sociaux, trop pauvres pour bénéficier pleinement des exonérations fiscales accordées lorsqu’un enfant poursuit ses études », dénonce-t-il. 

« On observe dans le système de bourses un effet de seuil défavorable aux personnes issues des classes moyennes », confirme Ronan Vourc’h, chercheur à l’OVE. Selon lui, la pauvreté étudiante concerne généralement des étudiants qui vivent seuls, hors du domicile familial. « Elle touche aussi une partie des étudiants étrangers qui ne bénéficient pas d’un programme d’échange de type Erasmus », précise-t-il. 

« 100 000 étudiants en dessous du seuil de pauvreté »

Reste qu’il est difficile de mesurer ce phénomène. « On entend régulièrement le chiffre de 100 000 étudiants vivant en dessous du seuil de pauvreté. Mais prendre en compte uniquement leurs revenus n’a guère de sens dans la mesure où la moitié d’entre eux habitent chez leurs parents. De même, beaucoup rentrent au domicile familial le week-end et en repartent avec des provisions, une aide difficilement quantifiable », note Ronan Vourc’h.

Son observatoire privilégie une autre approche, basée sur le nombre de demandeurs d’aide exceptionnelle. En 2006, dernière étude en date, 3,9 % des étudiants avaient ainsi frappé à la porte des services sociaux, un pourcentage en hausse de 0,3 % par rapport à 2003. Cependant, en écartant ceux qui ne sollicitent qu’un secours ou un prêt d’honneur dans l’année, généralement à la rentrée, l’OVE avance le chiffre d’un peu plus de 20 000 étudiants en situation de pauvreté grave et durable. Il serait donc difficile de parler de « paupérisation ».

Pour un certain nombre, en tout cas, la question du logement – qui en moyenne absorbe la moitié du budget d’un étudiant – peut virer au casse-tête. Mais se nourrir sainement peut aussi constituer un défi – certaines organisations caritatives distribuent désormais des repas aux étudiants les plus démunis. Quant à la santé, elle passe souvent à l’arrière-plan. Selon une étude menée en 2006 par La Mutuelle des étudiants (LMDE), 23 % de ces derniers ne se soignent pas, faute de moyens, et 13 % d’entre eux n’ont pas de complémentaire santé.

Dans l’entourage de la ministre Valérie Pécresse, on dit avoir redressé la barre. « Pour la troisième année consécutive, les bourses ont été revalorisées. La hausse cumulée atteint les 6,5 % et même 13 % pour les plus défavorisés. De même, le fonds d’aide d’urgence a reçu 4,5 millions supplémentaires, soit une hausse de 10 %, note un membre du cabinet. Quant aux droits d’inscription à l’université, ils ont progressé cette année de 2 à 8 € seulement suivant le niveau d’études. »

Denis PEIRON 

Publié dans Actu étudiante

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