Ces étudiants dans la misère que Valérie Pécresse ne veut pas voir

Publié le par Esprit Campus

veilleur.blog.lemonde.fr – le 1er octobre 2009

C’est un petit élément du grand puzzle qui dessine la France sociale en cet automne 2009. Mais il est inquiétant. Pour la première fois, le Secours populaire a officiellement ouvert, mardi 22 septembre, une antenne sur un campus. A l’université Lille-I de sciences et techniques à Villeneuve-d’Ascq, une permanence accueille, chaque mardi de 12 heures à 14 heures, les étudiants en difficulté sociale. Ces derniers sont reçus par des bénévoles de l’association. « Nous avons par exemple accueilli un étudiant lillois qui n’a pas d’endroit où dormir en attendant sa bourse, ou encore une jeune Africaine qui n’a pas le droit aux APL et qui malgré son travail ne mange pas tous les jours à sa faim », raconte à Mathieu Pagura, de Metro , Delphine Roussel, accueillante dans la permanence.

« Depuis un an, on a vu venir de plus en plus de personnes en difficulté à la banque alimentaire. On est passé de 2 000 à 3 300 personnes et on s’est rendu compte que parmi ces personnes, il y avait 300 étudiants », a expliqué à l’AFP le secrétaire général de la fédération du Nord du Secours populaire, Jean-Louis Callens. Selon lui, il existe une « précarisation croissante » des étudiants qui « pour certains ne mangent qu’une fois par jour et ont de plus en plus de mal à régler leur factures de mutuelle, d’inscription à la fac ou de loyer ». Mais, comme le note Caroline Heurtault dans Nord-Eclair« en choisissant d’ouvrir un guichet hebdomadaire dans l’enceinte de l’université (…), le Secours populaire et la faculté ont passé la frontière traditionnellement établie de longue date en France entre éducation et charité. » Et ils ont provoqué l’indignation de la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, qui s’est dite « choquée » par cette initiative. « Pour elle, il n’y a pas d’étudiants pauvres. » s’agace , auprès de Gaëlle David de L’Humanité, Sandrine Rousseau, vice-présidente à la vie étudiante de Lille I, à l’initiative de ce projet. « Au moins, avec ce dispositif, on va voir si c’est vrai. »

Pour Libération , « il semble que la ministre ait été quelque peu prise de court. Elle était en visite à l’institut Pasteur de Lille. C’est en repartant qu’elle a été interrogée, lundi, sur cette première en France - l’installation du Secours populaire dans une fac. Pour la ministre (…) qui voit des signaux positifs partout, le coup est rude. » Mais les faits sont là. Sandrine Rousseau déclare à Nicolas Faucon, de La Voix du Nord«  Je suis partie du bilan de santé du Centre universitaire pour la promotion santé où il apparaissait que certains étudiants avaient un souci d’alimentation. Soit ils ne mangeaient pas deux fois par jour, soit ils ne se nourrissaient que de pâtes et de frites, soit ils n’avalaient que des chips, faute d’argent.. » :

Emilie Lafdal, l’une des secrétaires départementales du Secours populaire du Nord, renchérit auprès de Gaëlle David : « Le centre universitaire de promotion de la santé et le Crous nous ont signalé la présence d’élèves qui souffrent de carences. Il faut dire que 70 % des étudiants avouent, ici, qu’ils travaillent à côté des études, parfois avec des horaires improbables. Certains s’endorment en cours. » Caroline Heurtault précise que « près d’un tiers des étudiants de l’académie bénéficient de bourses sur critères sociaux et 40 % des étudiants du campus de Villeneuve travaillent 12 à 15 heures tout au long de l’année. »

Selon une étude menée en 2006 par l’Observatoire de la vie étudiante , un jeune sur deux exerce durant l’année universitaire une activité rémunérée, qui peut aller du baby-sitting à un emploi de nuit régulier. Plus préoccupant : 13 % travaillent au moins à mi-temps, au minimum pendant un semestre. Leurs chances de passer les examens avec succès sont alors inférieures de 40 % à celles des autres étudiants.

Denis Peiron relevait lundi dans La Croix que de nombreux étudiants se retrouvent aux frontières de la pauvreté. Il citait Patrick Rayou, professeur des sciences de l’éducation à l’université Paris 8 : « Quand je demande à mes étudiants de m’indiquer une adresse mail pour pouvoir communiquer facilement, beaucoup finissent par me donner celle d’un parent ou d’un ami. À l’évidence, ils ne disposent pas de leur propre ordinateur. De même, il n’est pas rare qu’un étudiant n’ait pas lu les livres recommandés, faute d’avoir pu se les payer. Pour avancer dans les cours, nous sommes obligés de scanner ou photocopier - illégalement - les ouvrages. »

Une situation qui n’est pas nouvelle. En mars 2008, L’Humanité notait déjà une baisse croissante du pouvoir d’achat des étudiants depuis six années consécutives. Et soulignait Anouch Zaroukian, présidente de l’UNEF Orléans : « 100 000 étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté… » 

Publié dans Actu étudiante

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