Aspirant journaliste, j'ai dépensé 1 861 euros en frais de concours

Publié le par Esprit Campus

Témoignage sur eco89 de Adrian de San Isidoro | Etudiant | 07/07/2011

 

En 2011, j'ai fait le tour de France pour passer les examens d'entrée aux écoles de journalisme. Le diplôme d'une des treize écoles   de journalisme reconnues par la profession permet de limiter l'enchaînement éternel des stages, donne une forme de légitimité. Passer par une école, c'est accéder à la sacro-sainte polyvalence souhaitée par les employeurs.

Le poids des frais de concours ne concerne pas que les aspirants journalistes ; d'autres cursus universitaires (écoles de commerce, instituts d'études politiques, IUT…) fonctionnent également par concours et impliquent des dépenses de transports, d'hébergement…

La préparation : 225 euros sur six mois

L'achat des journaux pour préparer les épreuves d'actualité représente un investissement conséquent.

L'abonnement électronique au Monde.fr – trois fois moins cher au mois que l'édition papier – coûte 15 euros par mois. Pour diversifier mes lectures, j'achète d'autres canards : 225 euros de journaux sont déboursés sur un peu plus de six mois.

Les concours : 1 636 euros

Les inscriptions : 919 euros

La première dépense est l'inscription aux concours. Pour avoir le droit de composer le jour des épreuves, je débourse entre 18 et 350 euros par examen. Cette année, je passe sept écoles :

  • le Cuej (Centre universitaire d'enseignement du journalisme) à Strasbourg : 91 euros ;
  • l'Ijba (Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine) à Bordeaux : 70 euros ;
  • l'IPJ (Institut pratique du journalisme) & le CFJ (Centre de formation des journalistes) à Paris : 350 euros (concours commun) ;
  • le Celsa (Ecole des hautes études en sciences de l'information et de la communication) à Paris : 70 euros ;
  • l'IFP (Institut français de presse) à Paris : 18 euros ;
  • l'ESJ (Ecole supérieure de journalisme) à Lille : 250 euros.

En tout, j'en ai pour 849 euros. Auxquels s'ajoutent environ 70 euros de frais de dossier. Mine de rien, acheter des enveloppes, carnets de timbres et autres confettis administratifs, ça finit par peser sur le porte-monnaie. Avoir de l'ambition, ce n'est pas donné.

 

Les écrits : 418 euros

Une fois les dossiers remplis et les chèques signés, je suis convoqué sept fois entre mars et mai. Le marathon-concours commence sur le site de la SNCF. Strasbourg, Bordeaux et Lille sont mes trois destinations. Par chance, quatre écoles se trouvent à Paris : mes déplacements sont limités.

Au bout du compte, j'en ai tout de même pour 216 euros aller-retour. Et encore, à chaque passage du contrôleur, ma carte 12-25 me permet d'économiser entre 25% et 50% par voyage. Je me dis qu'à 26 ans, ce sera covoiturage…

Mon premier concours en province est à Strasbourg. Il dure deux jours : je suis contraint de prendre deux nuits dans un foyer. Je ne me plains pas, l'établissement est en plein centre-ville, et les prix sont avantageux : 35 euros la nuit, soit 70 euros les deux nuits. Je m'endors sous le portrait de la Vierge Marie, la boule au ventre.

Le lendemain matin, la tension est parfaitement insupportable. Trois amphis bondés pour un peu plus de 900 candidats. 40 places à la clé. Tout le monde qui sort stylos, effaceurs, cannettes de jus de fruits, barres de céréales…

Les tables de concours ressemblent à des tréteaux-kermesses. La bonne humeur en moins. D'ailleurs, ces petites gâteries ont un coût : en moyenne, entre 3 et 5 euros par journée selon le degré d'angoisse, soit environ 60 euros pour tous les concours. Un plan de travail saturé de cochonneries pleines de glucose, ça rassure. Autant que le premier sujet du concours strasbourgeois : « Selon vous, l'appel de Stéphane Hessel est-il fondé ou non ? ». Question plus simple à élucider lorsqu'on a lu son ouvrage « Indignez-vous ! ». Ce qui est mon cas.

A Bordeaux, grand luxe : je m'offre un « deux étoiles » petit déjeuner compris. 72 euros partent en fumée. Pour Lille, coup de bol, l'amie d'une amie peut m'héberger. Un peu d'entraide, ça soulage.

 

Les oraux : 299 euros

Les sept écrits passés, j'attends fébrilement les résultats. Le Celsa : ça passe. L'Ijba aussi… Le Cuej également… J'obtiens sept admissibilités. 100% de réussite. Mon nom à rallonge hante les listes des admissibles. Dans l'euphorie, j'oublie qu'il va falloir passer à nouveau au tiroir-caisse.

Rebelote : obtenir le droit de passer devant un jury de professionnels, c'est aussi gagner celui de rebanquer. Mes finances au plus bas, j'évite désormais de crécher à l'hôtel. Plutôt que d'arriver la veille, je pars le jour même de l'oral pour fuir les nuits payantes. Je ne peux éviter toutefois une nouvelle nuit d'hôtel à 30 euros.

Quant au site de la SNCF, il est toujours aussi glouton : 249 euros pour les trois allers-retours. La note est plus salée qu'aux écrits : les convocations tardives aux oraux empêchent de réserver longtemps à l'avance et réduire le prix des billets.

En outre, entre les écrits et les oraux, j'ai dépensé environ 20 euros dans les transports en commun.

Au final, les concours m'auront coûté la peau des fesses : 1 861 euros. Quelques conseils à l'attention des futurs candidats : avant de passer des concours, faîtes une simulation des dépenses, mettez de côté et si la chance est avec vous, sollicitez vos parents… A l'heure où j'écris ces mots, je suis toujours en attente des résultats.

 

sur le site eco.rue89.fr

Commenter cet article