Ce que deviennent les étudiants après la fac

Publié le par Esprit Campus

lefigaro.fr - Marie-Estelle Pech
04/12/2009

Le ministère de l'Enseignement supérieur lance une vaste enquête sur les débouchés.


Quel est le taux d'insertion professionnelle d'un master de russe ou de mathématiques dans les universités d'Avignon et de Bordeaux ? Saura- t-on bientôt quels emplois décrochent les diplômés des universités avec des indications précises sur leurs salaires ? Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, a décidé de lever un tabou en lançant cette semaine une enquête nationale sur l'insertion. Tous les diplômés 2007 de licence, DUT et master, soit 90 000 étudiants, vont ainsi être interrogés d'ici à avril prochain.
Il était temps, car, aujourd'hui, bon nombre d'universités sont incapables de répondre à des questions précises en la matière. Certes, la quasi-totalité d'entre elles sont désormais dotées de bureaux d'insertion et fournissent des données statistiques, quasi inexistantes il y a vingt ans. Les progrès sont donc manifestes. Mais les informations demeurent disparates et locales. Certains taux de réponse aux enquêtes d'insertion, inférieurs à 40 % à Strasbourg, voire à 37 % à l'université de Cergy-Pontoise, ne paraissent pas toujours franchement fiables. À l'université Paris-VIII, les derniers documents publiés remontent par ailleurs à 2003. À Avignon, aucune information n'est disponible. Quant aux enquêtes nationales existantes, elles ne distinguent pas toujours le devenir des étudiants en philosophie de ceux qui viennent d'histoire ou de sociologie. On peut néanmoins découvrir des informations utiles dans les enquêtes nationales du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) portant sur les générations de diplômés sortis de l'enseignement supérieur, trois ans après leur sortie. D'une licence à l'autre, le taux de «cadres» oscille de 5 % pour la psychologie à 41 % pour les mathématiques…

Aide à l'insertion professionnelle
 
«Nous progressons, mais l'insertion n'est pas encore complètement entrée dans les mœurs. Beaucoup lui opposent la tradition du savoir académique», note Marc Boudier, président de Résosup, l'association qui regroupe l'ensemble des quelque 80 observatoires d'insertion. Combien d'enseignants de Paris-IV (la Sorbonne) expliquent aujourd'hui à leurs 500 étudiants en master de philosophie que seul l'un d'eux décrochera l'agrégation ?
Malgré les multiples injonctions des différents ministres, beaucoup d'universités se contentent encore trop souvent dans leurs enquêtes de mettre en avant leurs diplômes prestigieux tout en se gardant de mentionner les filières au taux de chômage important. Elles sont pourtant censées disposer de données statistiques sur le devenir professionnel de tous les diplômés. La loi sur l'autonomie de 2007 les oblige à s'investir dans l'aide à l'insertion professionnelle. Les moyens de chacune vont d'ailleurs être modulés en fonction des performances, et notamment, grâce à cette enquête, selon l'insertion. «Faute de données dans toutes les universités - et celles-ci ne sont pas pressées d'en fournir -, le financement selon la performance reste un vœu pieux : les universités en auraient-elles peur ?» interroge Pierre Dubois, sociologue et observateur des statistiques sur son blog Histoires d'université. Il s'occupait jusqu'en 2004 de l'observatoire de l'université de Marne-la-Vallée et a décidé d'en démissionner après s'être rendu compte qu'en dépit du fait que quatre filières avaient un taux d'insertion très faible - dont celle de sciences politiques -, le président de l'université refusait de les fermer : «Il ne voulait pas se mettre à dos les responsables de filières.»
Souvent, affirme-t-il, les statistiques «existent», mais «personne n'a intérêt à les sortir ». Les principaux intéressés, eux, n'en ont jamais connaissance. Les masters formant aux postes d'« attachés parlementaires» se sont multipliés ces dernières années, alors que la formation se fait «essentiellement sur le tas », s'étonne aussi Valérie Pécresse, qui compte sur son enquête pour mettre en adéquation les filières avec les débouchés. Quitte à en fermer ou en restructurer certaines. La possibilité d'avoir enfin accès à des indicateurs nationaux est saluée, mais les experts regrettent l'absence de question sur le salaire perçu par les jeunes diplômés. Rien ne permet non plus de dire si le diplômé est satisfait de son travail. Or la déqualification reste l'un des problèmes majeurs de l'université aujourd'hui.

Publié dans En France et ailleurs

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