Grandes gagnantes, les universités vont devoir convaincre

Publié le par Esprit Campus

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14/12/09

La manne du grand emprunt sera ciblée sur quelques groupements d'établissements, sélectionnés après un appel à projets. Un pas de plus dans le rapprochement entre établissements et dans le développement de la culture de la performance.

Des milliards, mais pas pour tout le monde. La part du grand emprunt dévolue à l'enseignement supérieur sera certes massive - à l'occasion d'un déplacement en Alsace la semaine dernière, Nicolas Sarkozy assurait encore que l'Etat sera « au rendez-vous des moyens pour les universités » -mais elle ne profitera pas à l'ensemble des établissements. Dans son rapport, la commission Juppé-Rocard avait proposé de répartir 10 milliards entre cinq et dix groupements d'établissements supérieurs (universités, grandes écoles) et de recherche. Alors que les universités françaises sont à la traîne dans les classements mondiaux, le gouvernement souhaite donner des moyens aux établissements « qui auront fait le choix du regroupement, de l'excellence, d'une nouvelle gouvernance, de la contractualisation et des résultats », évitant ainsi tout saupoudrage. La sélection devrait être effectuée par un jury international, et les projets devront présenter des indicateurs de suivi et objectifs chiffrés. Par contre, l'idée, avancée par la commission, d'une « agence nationale des campus d'excellence », chargée d'administrer l'appel à projets, semble écartée. Nombre de parlementaires se sont en effet élevés contre la création d'une nouvelle structure administrative, synonyme de dépenses de fonctionnement.

Points d'excellence

Autant d'orientations qui rappellent fortement celles de l'opération campus, lancée en février 2008. Destiné à moderniser l'immobilier universitaire, ce programme doté de 5 milliards d'euros issus de la vente d'actions EDF par l'Etat, a permis de financer 12 projets, via des dotations en capital, mécanisme qui sera retenu pour le grand emprunt. Pour bénéficier de ces enveloppes, les établissements candidats avaient été invités à se regrouper en pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES). Ainsi, l'université de Toulouse, qui fédère 16 établissements (universités, écoles d'ingénieurs, écoles spécialisées…) s'est vu octroyer une enveloppe de 527 millions d'euros, à répartir entre les différents acteurs. « Ce rapprochement nous a obligés à travailler ensemble, et à rechercher nos points d'excellence. On sort de la logique où l'on décidait de faire un peu de tout, au gré des désirs de chaque département. Et on acquiert une vraie visibilité internationale puisque nous communiquons désormais sous une seule bannière », se réjouit Louis Castex, directeur de l'université de Toulouse, qui a déjà mis en place des groupes de travail pour préparer l'appel à projets du grand emprunt.

Ces perspectives ne plaisent pas à tous. Le Snesup-FSU, principal syndicat d'enseignants dans le supérieur, s'est ainsi élevé ainsi contre « l'enseignement à deux vitesses que vise à accélérer la concentration des investissements sur quelques campus », les autres étant de facto « oubliés ». De son côté, la Conférence des présidents d'université a appelé à ce que le grand emprunt puisse toucher « tout le réseau des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche, et pas seulement une dizaine de sites ». Il n'empêche, la culture de la performance dans l'enseignement supérieur franchit un nouveau palier. Et le privé n'y échappe pas : selon « Le Monde » daté d'aujourd'hui, l'Etat s'apprête à contractualiser avec 58 établissements privés d'enseignement supérieur, en vue de leur allouer une enveloppe de 66,4 millions d'euros pour 2010, là encore en contrepartie d'« objectifs » précis, « évalués au bout de quatre ans ».

MAXIME AMIOT, Les Echos

Publié dans Actu étudiante

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