La faculté de Shanghai a publié sur Internet son classement annuel des 500 meilleures universités au monde

Publié le par Esprit Campus



Un palmarès qui irrite mais qui a su s'imposer


lemonde.fr le 31 octobre 2009

En peu d'années, ils se sont multipliés. Pas moins de six classements mondiaux cohabitent aujourd'hui. Aux côtés des plus officiels, vivotent d'innombrables "hits" proposés par des journaux. Et pourtant, un seul fascine, celui de Shanghaï.

Publié en 2003 sur Internet par deux chercheurs de l'université Jiao Tong, ce classement avait à l'époque pour objectif de permettre un étalonnage du niveau des universités chinoises sur celui des meilleures mondiales, et plus spécifiquement des américaines. Pour cela, Nian Cai Liu et Ying Cheng ont classé les universités en utilisant six critères qu'ils estiment "objectifs et facilement vérifiables" (bibliométrie, publication dans Science et Nature, index de citations de chercheurs, nombre de Prix Nobel et de médaillés Fields -anciens et actuels-, et le ratio de ces critères en rapport avec la taille des établissements )

En France, la publication de la première édition de ce classement a été une douche froide. Avec à peine deux établissements dans le Top 100, la France est ressortie humiliée du grand bain mondial. "Sa publication a produit un électrochoc dans notre communauté, confirme Guy Couarraze, président de Paris-XI, mais, depuis, nous le prenons avec prudence. D'autres classements ont émergé qui valorisent d'autres aspects des universités comme la formation ou l'attractivité pour les étudiants."

Fondé 2004 en partie sur la "réputation" des établissements auprès des universitaires et des employeurs, le principal challenger de Shanghaï est le classement du Times Higher Education, publié le 8 octobre dernier dans l'indifférence générale...

La force du classement chinois réside en fait dans sa lisibilité. "Au prix de simplifications qui altèrent l'interprétation", estime Joël Bourdin, sénateur qui a, l'an dernier, consacré un rapport à ces classements d'universités. En France, il a surtout permis à la classe politique de s'emparer du sujet. Dans un article très critique publié l'an dernier, le professeur de l'université du Québec à Montréal, Yves Gingras, jugeait que "les acteurs qui veulent réformer le système universitaire se servent de ce classement de façon opportuniste pour justifier leurs politiques. En fait, il est même probable que dans l'éventualité ou les universités françaises se seraient très bien classées, il aurait été plus difficile de justifier les réformes actuelles."

De fait, le 16 décembre 2005, lors de la présentation de la loi créant les pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), Gilles de Robien, alors ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, déclarait au Sénat : "Si tous les PRES annoncés aujourd'hui se mettent en place, par simple effet "mécanique", la France fera un bond dans le fameux "classement de Shanghaï". Sept de nos pôles y figureraient, contre trois universités aujourd'hui."

"Pour la mise en place des PRES, le classement de Shanghaï a été un accélérateur", confie aujourd'hui l'un des initiateurs de ce projet. "Même si certains critères sont douteux, ce classement a permis à tous de constater l'éclatement de notre système d'enseignement supérieur et de recherche et de convaincre qu'une coopération plus étroite était nécessaire."
Reste que le poids médiatique de ce classement irrite. "Il n'y a vraiment qu'ici que l'on se soucie de ce classement. Il ne classe pas des universités en tant que telles, mais se contente de mesurer leur effort en matière de recherche en utilisant des critères bizarres, comme le nombre de Prix Nobel. Franchement, je ne comprends pas !", s'emporte Monique Canto-Sperber, la directrice de l'Ecole normale supérieure.

Après s'être appuyé sur Shanghaï pour réformer, l'Etat promeut l'idée de doter l'Europe de ses propres classements avec des critères fidèles au modèle universitaire européen. Dès 2010, l'Union européenne devrait proposer une "cartographie" des meilleurs établissements en ingénierie et en économie. Si informative soit-elle, cette "cartographie" risque d'avoir du mal à rivaliser avec la lisibilité d'un classement.

Philippe Jacqué


Facs: Un top 500 très critiqué

lejdd.fr le 31 octobre 2009

Vendredi soir, la faculté de Shanghai a publié sur Internet son classement annuel des 500 meilleures universités au monde. Seuls trois sites français se distinguent dans le top 100. Pour les chercheurs, ce classement, aux critères "réducteurs" et "bizarres", n'est non seulement pas légitime, mais peut avoir des conséquences politiques "dangereuses".

Comme chaque année, à la même époque, le site internet de l'université de Shanghai a connu un pic de fréquentation. Une des ses équipes de recherche a en effet publié vendredi son classement des 500 meilleurs instituts d'enseignement supérieur mondiaux en sciences dures (mathématiques, chimie, biologie…) et économiques. Et comme chaque année, les grands campus américains (Harvard, Stanford, Berkeley…) trustent les premières places, ne laissant que Cambridge (4e), Oxford (10e) et Tokyo (20e) se glisser dans le top 20. Avec 23 sites français dans le classement général, la France devient la cinquième nation en nombre d'établissements classés. Mais seuls trois d'entre eux sont présents dans le top 100: les universités parisiennes Pierre et Marie Curie (40e) er Paris XI (43e) et l'Ecole normale supérieure-ENS (70e).

Ce palmarès à l'impact retentissant n'est pourtant concocté que par trois statisticiens qui ne se basent que sur six critères très discutables. En effet, la place d'une faculté peut varier en fonction du nombre de prix Nobel ou de médailles Fields (récompense suprême pour les mathématiciens), de la fréquence de citations des chercheurs ou du nombre d'articles référencés dans les "meilleures revues" scientifiques… exclusivement anglophones.

Des critères trompeurs

Non seulement cette analyse exclue d'office les universités en sciences humaines, mais elle révèle, selon des universitaires tourangeaux, "de nombreux paradoxes et carences". En mai dernier, dans un rapport interne du Laboratoire informatique de l'Université de Tours, Jean-Charles Billaut, Denis Bouyssou et Philippe Vincke critiquent le fonctionnement du classement de Shanghai: plus les universités publient, plus elles sont avantagées. Or de nombreux scientifiques français font paraître leurs travaux par l'intermédiaire d'organismes comme le CNRS ou de grandes écoles privées. Tout un pan des publications échappe donc aux statistiques.

Le physicien français Albert Fert, prix Nobel en 2007, considère plus généralement que comparer des systèmes éducatifs profondément différents "n'a pas de sens". Même Monique Canto-Sperber, directrice de l'ENS pourtant bien classée, ne comprend pas l'engouement pour un tel palmarès: "Il ne classe pas des universités en tant que telles, mais se contente de mesurer leur effort en matière de recherche en utilisant des critères bizarres", s'emporte-t-elle dans Le Monde daté de dimanche-lundi.

Recherche sous influence

Le Top 500 s'est tout de même imposé comme une référence, quitte à influencer les politiques nationales en matière d'enseignement supérieur. En France, lors d'un discours sur la recherche, Nicolas Sarkozy a ainsi expliqué qu'il avait pour objectif "de faire entrer deux établissements français parmi les vingt premiers mondiaux" et prévu en contrepartie "une augmentation conséquente" du budget de l'Enseignement supérieur.

Sa ministre Valérie Pécresse avait d'ailleurs justifié cette position devant le Sénat en 2007: "Le classement de Shanghai était certes critiquable mais (…) on ne peut s'abstraire de cette mondialisation et nous devons donc gagner des places, ce qui n'est pas contraire à l'exigence d'excellence de l'université française". Vendredi, à la parution du classement 2009, elle a d'ailleurs affirmé que les facultés françaises devaient leur progression à la "mise en place des réformes en cours".

Une dérive politique pour la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), selon laquelle l'étude chinoise "n'est pas pertinente pour juger les universités françaises". Dans un article très critique publié l'an dernier, Yves Gingras de l'université du Québec, jugeait pour sa part que "les acteurs qui veulent réformer le système universitaire se servent de ce classement de façon opportuniste pour justifier leurs politiques". Pour cette figure de la recherche canadienne, "il est même probable que dans l'éventualité où les universités françaises se seraient très bien classées, il aurait été plus difficile de justifier

Gaël Vaillant

Publié dans En France et ailleurs

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