"La France ne fabrique pas assez d'ingénieurs"

Publié le par Esprit Campus

Au tour des écoles d’ingénieurs de s'inviter dans le débat électoral. "Il manque chaque année 9.000 ingénieurs diplômés pour soutenir l'innovation en France", s'inquiète Christian Lerminiaux, Président de la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs (CDEFI). Ce dernier propose une série de solutions pour optimiser le financement de l'enseignement supérieur.

Capital.fr : Combien d'ingénieurs sont diplômés chaque année ?
Christian Lerminiaux : Nos 208 écoles privés et publiques diplôment de plus en plus d'ingénieurs : 31.000 chaque année, soit plus du double qu'il y a 20 ans. Mais ce n'est pas suffisant pour répondre aux besoins des entreprises. Il en faudrait 9.000 de plus par an pour soutenir l'innovation, attirer des industries à forte valeur ajoutée, et donc, favoriser la croissance.

Capital.fr : Les cursus d'ingénieurs ne subissent-ils pas la concurrence des écoles de commerce et de management ?
Christian Lerminiaux : Effectivement, les lycéens ont longtemps déserté les filières scientifiques. Mais la tendance s'inverse. Les étudiants réalisent que les métiers de l'industrie offrent des débouchés porteurs. 95% des diplômés en 2011 ont un emploi, dont les deux-tiers avant même la fin de leur cursus. Leurs salaires ne sont pas plus faibles, et surtout, ils parviennent plus facilement à équilibrer vie privée et professionnelle dans les grands groupes industriels que dans les activités commerciales.

Capital.fr : Quelles solutions préconisez-vous pour augmenter le nombre d'ingénieurs ?
Christian Lerminiaux : Nous devons poser la question du financement de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. La France consacre seulement 10.000 euros par an et par étudiant. Ce budget est bien inférieur à celui de nos voisins étrangers. Les écoles d'ingénieurs réclament donc 400 millions d'euros supplémentaires d'ici 5 ans.

Capital.fr : Où trouver ces moyens financiers dans le contexte actuel de restriction budgétaire ?
Christian Lerminiaux : Il ne s'agit pas d'augmenter les subsides de l'Etat, mais de les optimiser. Il faut davantage avoir recours au financement à la performance et trouver de nouveaux leviers de croissance. La CDEFI propose ainsi d'inciter les entreprises à financer davantage la formation initiale via un "crédit d'impôt formation" pour les employeurs qui financent tout ou partie de la formation d'un futur ingénieur. Autre piste : ponctionner une partie du Crédit d'Impôt Recherche pour l'allouer à l'enseignement supérieur.

Capital.fr : Comptez-vous augmenter les frais d'inscription ?
Christian Lerminiaux : C'est effectivement une option, mais nous veillerons à ne pas nous couper des élèves issus des milieux moins favorisés. Pour aider les étudiants qui sont obligés de travailler durant leurs études, nous proposons "un chèque mission étudiant". Les étudiants pourraient travailler dans le centre de documentation ou dans les laboratoires de recherche de leurs écoles, en échange d'abattement de charge pour l'établissement. Les écoles pourraient aussi proposer des prêts à taux zéro remboursables, seulement lorsque l'étudiant trouve son premier job. En cas d'échec, le prêt pourrait être remboursé par l'Etat ou par les écoles.

Capital.fr : Très peu d'écoles d'ingénieurs françaises figurent dans les classements internationaux. Comment comptez-vous augmenter votre aura ?
Christian Lerminiaux : En 12 ans, le nombre d’élèves ingénieurs de nationalité étrangère a progressé de 270%. Ils représentent désormais 13,5% de nos effectifs. Cette progression spectaculaire est due à la politique active d’ouverture àl’international de nos établissements. Les écoles Centrale, Polytechnique, l'Institut Supérieur de l'Aéronautique et de l'Espace (ISAE) et bien d'autres développent des cursus habilités par la Commission des Titres d'Ingénieurs en Asie. Il en va de l'influence de la France à l'étranger et du développement de nos relations commerciales.

 

Par Sandrine Chauvin pour le site Capital.fr

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