« La vie étudiante n'est pas toujours si rose »

Publié le par Esprit Campus

Dix assistants sociaux interviennent auprès des étudiants de la région. Ils croisent des jeunes inquiets pour leur avenir et des vies douloureuses.

Entretien:

Anne Renaud-Anex.

Assistante sociale au Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) et coordinatrice pour la région des services d'aide sociale universitaires.

 

Les étudiants vivent-ils, comme le veut la légende, dans un monde d'insouciance ?

Non, la vie étudiante n'est pas si rose. C'est l'inquiétude pour l'avenir qui prévaut. Les étudiants ont, avec la prise d'autonomie, des préoccupations d'adultes, mais sans les ressources ni l'expérience des adultes. Ce monde d'apprentissages est parfois douloureux.

 

Qu'est-ce qui amène les étudiants à s'adresser à vos services ?

Les premiers motifs de leur démarche sont la précarité financière et l'isolement. On rencontre des jeunes qui ne peuvent plus payer leur loyer, se soigner, ne sont pas soutenus par leur famille et ne savent pas comment s'en sortir.

 

La demande d'aide est-elle en hausse ?

Oui, bien sûr. On voit de plus en plus d'étudiants qu'on aide de manière ponctuelle, par exemple en payant un temps le resto U ou pour des aides annuelles. Dans la région, le budget d'action sociale s'élève à 1,5 million d'euros, mais on ne peut pas tout. Parfois, nous sommes démunis.

 

De plus en plus d'étudiants rognent sur les soins, mangent mal. Vous constatez ça ?

Le coût du logement a tellement augmenté qu'il est leur première préoccupation. Leur santé est souvent mise au second plan : ils diffèrent la consultation, en particulier en matière de soins d'optique et dentaires.

 

L'isolement n'arrange pas les choses, non ?

Dans les cités universitaires, les personnels constatent qu'avec l'internet, les étudiants recherchent moins l'échange. Ce qui est néfaste, surtout lorsque les parents n'assurent plus, ne soutiennent plus leur enfant. On voit ça dans les familles où les parents sont divorcés, mais pas seulement. Parfois, l'étudiant est tellement en souffrance que nous jouons les médiateurs, pour que les liens se retissent.

 

Le soutien de la familleest essentiel ?

Bien sûr. Pour des raisons affectives, mais aussi parce que les besoins financiers d'un étudiant sont importants (de 450 à 800 € par mois). Et que le travail n'est pas facile à trouver. Il est d'ailleurs pénalisant, du fait des emplois du temps complexes : les redoublants sont souvent des jeunes qui travaillent pour boucler les fins de mois.

 

 

Recueilli par Gaspard NORRITO.sur le site de Ouest france
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