Le système scolaire ne détecte pas assez les aptitudes

Publié le par Esprit Campus

MICHÈLE DAIN DIRECTRICE DU CENTRE D'ORIENTATION DE LA CCI DE PARIS.


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19 février 2010


Le système d'orientation français s'améliore, mais de nombreuses lacunes subsistent, constate Michèle Dain, directrice du centre d'orientation de la CCIP, le Biop. Elle préconise une « éducation à l'orientation » à partir de la classe de quatrième.
L'orientation des jeunes a longtemps été le maillon faible du système éducatif. Les choses s'améliorent-elles enfin ?


Une prise de conscience s'est opérée. L'orientation, comme l'insertion professionnelle, est désormais une préoccupation forte en France. De nombreux rapports ont été publiés sur ce sujet, par la CCIP, par le Haut Conseil de l'éducation, par le Conseil d'orientation pour l'emploi… Et de nouveaux outils apparaissent, comme le livret de compétences, qui devrait faire évoluer les pratiques en la matière. Un établissement public de l'orientation devrait aussi voir le jour bientôt. De façon générale, l'information existe, mais elle reste complexe et fragmentée. L'offre de formations, il est vrai, est foisonnante. De plus, chaque famille de cursus a son propre mode de sélection, sa propre logique. Il est donc difficile de se repérer. Cela demande un gros effort d'information.

En outre, des lacunes subsistent. Par exemple, on observe toujours un décrochage important en première année d'université. Ce phénomène est largement dû à un manque de préparation à l'orientation. Et la plupart des choix de filières continuent d'être effectués sur la base des notes. Quant à l'orientation tout au long de la vie, que nous préconisons, elle tarde à entrer dans les moeurs.

L'entreprise et l'école ne se comprennent-elles pas mieux ?

Des progrès ont été réalisés, certes. Mais il existe toujours un grand décalage entre ces deux mondes, qui ne parlent pas le même langage. L'entreprise parle compétences, alors que l'école s'intéresse d'abord aux performances scolaires. Dans l'entreprise, c'est la personnalité qui fait la différence. On recrute moins sur le diplôme - même s'il compte toujours. Or beaucoup de jeunes sont incapables de se décrire, de parler de leurs envies et de leurs projets… Résultat, les entreprises ne trouvent pas les profils qu'elles recherchent, alors que nombre de jeunes, dans le même temps, ne parviennent pas à s'insérer.
Le culte du diplôme est-il toujours aussi fortement ancré dans notre société ?

Sur ce point, les choses n'évoluent guère. Les familles sont toujours aussi focalisées sur le parchemin - plus encore que les entreprises. Beaucoup de jeunes se retrouvent dans les filières prestigieuses non parce qu'ils en ont envie, mais parce qu'ils avaient de bons résultats scolaires et pour répondre aux attentes de leurs parents. Ce qui explique d'ailleurs que certains ne s'y sentent pas bien, voire s'écroulent.
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Comment remédier à cette situation ?


Il faudrait que notre système d'orientation se focalise moins sur les notes et sache mieux prendre en compte les aptitudes de chaque jeune. Au Biop, nous voyons souvent arriver des élèves dont les bulletins scolaires sont catastrophiques. Les tests que nous leur faisons passer montrent qu'ils ont pourtant de solides qualités. Mais ces aptitudes, le système scolaire ne les détecte pas. Or il est clair que si un enfant se désintéresse de l'apprentissage, il va rapidement se trouver en situation d'échec.


Quels conseils donneriez-vous à un jeune lycéen - ou à ses parents ?

Si j'ai un conseil à donner, c'est d'anticiper et de réfléchir à son orientation le plus tôt possible. Pour notre part, nous plaidons pour une éducation à l'orientation à partir de la classe de quatrième. Ensuite, il faut toujours se demander avec quelle pédagogie, dans quel environnement on se sentira le mieux. Les activités parascolaires, les options, tout cela doit être pris en compte pour choisir sa voie. Le prestige de tel ou tel cursus ne doit pas être le seul critère. Pour les futurs bacheliers, il est important de réfléchir à un projet, au moins dès la classe de première. On peut aller aux journées portes ouvertes des écoles ou des universités, visiter des sites, rencontrer des professionnels… Parce qu'en terminale, on est sous pression à cause du bac, on n'a pas vraiment le temps. J'ajoute qu'il est très important de bien comprendre la procédure d'admission post-bac, qui impose un calendrier très précis.

PROPOS RECUEILLIS PAR J.-C. L., Les Echos

Publié dans Lycée et Bac

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