Les entreprises continuent de se méfier des formations littéraires

Publié le par Esprit Campus

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19 février 2010


Les entreprises, pour diversifier leurs recrutements, se tournent vers les étudiants des sciences humaines. Mais si certaines, avec les universités, tentent de favoriser leur insertion, les barrières restent encore nombreuses.

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Lutter contre les idées reçues, rapprocher deux mondes qui souvent s'ignorent et ont pourtant besoin l'un de l'autre : les entreprises, pour diversifier leurs recrutements ; les étudiants littéraires, pour trouver des débouchés dans le privé. C'était l'objet d'un séminaire organisé hier sous la houlette du ministère de l'Enseignement et de la Recherche, rassemblant universités, entreprises du CAC 40 et étudiants des filières lettres, langues, sciences humaines et sociales (LLSHS), qui représentent 56 % des effectifs de l'université. Car si, selon les résultats d'un sondage réalisé à la demande du ministère par Opinion Way, les recruteurs du privé reconnaissent à ces filières des points forts, comme les qualités d'expression écrite et orale (93 %), les capacités d'analyse et de synthèse (71 %), ils leur reprochent aussi le manque d'expérience, de connaissance de l'entreprise (85 %) et une formation trop théorique (77 %). Et ce, malgré les efforts réalisés ces dernières années en matière de professionalisation par les universités.

Favoriser le rapprochement


« Ces étudiants ont des qualités spontanément reconnues par les entreprises, mais elles hésitent à passer à l'acte en les recrutant, car elles s'interrogent sur leur connaissance du monde de l'entreprise et leurs compétences techniques. L'alternance est un excellent moyen de mettre un terme à ces réticences », observe Vincent Merle, directeur de l'institut MCVA (management des compétences, validation des acquis) du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Une voie qu'a prise le CNAM en 2007 avec le dispositif Elsa, qui propose des contrats de professionnalisation, mais ne concerne pour l'instant qu'une cinquantaine d'étudiants. Une dizaine d'entreprises du CAC 40, en partenariat avec la Conférence des présidents d'université (CPU) ont aussi mis en place, en 2007, le dispositif Phénix, pour attirer des diplômés de master 2, qui, une fois, recrutés, suivent une formation en alternance avant de devenir cadre dans l'entreprise. Une réussite, mais encore limitée, puisqu'elle n'a permis l'embauche que d'une centaine de jeunes.

Les stages, évidemment, ont aussi été évoqués parmi les pistes pour favoriser le rapprochement entre entreprises et « littéraires ». «  Mais ils doivent se faire le plus tôt possible dans la formation, car plus le lien se fait tôt et plus l'insertion est facilitée », insiste Hakim el Karoui, normalien devenu directeur chez Rotshchild & Cie. Ce dernier relève d'ailleurs un effort considérable à faire des entreprises pour sortir de leur « conformisme. Les recruteurs ont tendance à recruter des gens qui leur ressemblent, qu'ils connaissent. » D'où la prise de conscience de ceux-ci d'un besoin de formation pour mieux connaître ces filières. Et pour faciliter la reconnaissance de ces étudiants par les entreprises, ces dernières demandent aux universités de faire un effort de communication sur les compétences apportées par leurs filières, et sur elles-mêmes. « Nous devons pouvoir immédiatement décrypter un CV, ce qui est parfois difficile avec les intitulés de diplômes des universités » relève Véronique Dusser, directrice des relations écoles et du recrutement de L'Oréal France.  Une clarification qu'a déjà menée l'université de Rennes II, en définissant pour ses diplômes des domaines de compétence et des corps de métiers correspondants.

ISABELLE FICEK, Les Echos

Publié dans Ecoles et Formations

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