Logements étudiants : les conteneurs prennent l'eau

Publié le par Esprit Campus

     Un lancement en grande en pompe ! L’été dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Pécresse inaugurait au Havre, devant un parterre de journalistes et d’élus locaux, la première résidence universitaire construite à partir de conteneurs maritimes. Très en vogue aux Pays-Bas et Angleterre, ces grandes boites d’acier, empilées les unes sur les autres, étaient censées révolutionner le parc de logements étudiants.

 

     L’habitat modulaire présente, en effet, de sérieux atouts. En seulement cinq mois, l’architecte Alberto Cattani, a assemblé une centaine de boites en tôle et fait sortir de terre la résidence havraise A-Docks : des studios de 24 mètres carrés, beaucoup plus spacieux que les chambres classiques de Cité U, loués 305 euros par mois, avec salle de bain, internet, kitchenette...

Las, quelques mois plus tard, l’euphorie est retombée et le concept ne fait plus rêver. A tel point que les villes, qui songeaient à suivre l’exemple havrais, ont abandonné leurs projets.

 

     Depuis la rentrée, les "heureux" locataires commencent, en effet à sérieusement déchanter. Chauffe-eaux défectueux, fuites aux plafonds… d’après les témoignages recueillis par le journal local Paris Normandie, les mauvaises surprises s’accumulent. Locataire d’un conteneur, Sébastien, confirme : "on commence à avoir très froid, de l’air passe à travers les fenêtres et la porte. Avec la pluie, la tôle commence même à rouiller à certains endroits."

La facture de cet assemblage est aussi pointée du doigt. Au total, l’édifice aura coûté 4,8 millions d’euros, soit 48.000 euros par chambre. Une construction, certes, un peu moins coûteuse qu’une résidence universitaire classique (50.000 euros par chambre)… Sauf qu’on est loin des 20 à 30% d’économie annoncée ! Et ce d’autant que le prix ne comprend pas le terrain mis à disposition gratuitement par la mairie du Havre.

 

     Autre problème : la règlementation française est totalement inadaptée à ce type de construction. "Afin d’être parfaitement aux normes de sécurité incendie, l’architecte a dû enquiller et espacer les boites en acier à l’intérieur d’une gigantesque ossature en béton. Ce qui a généré des surcoûts", explique Alexandre Aumis sous directeur chargé de l'immobilier au Centre national des œuvres universitaires et scolaires. Et la note pourrait encore s’alourdir à l’avenir : "L’acier n’est pas un bon isolant ce qui nécessitera des aménagements spécifiques encore plus coûteux lorsqu’il faudra adapter ces bâtiments aux dernières normes écologiques", explique Jean Naem, président du cabinet de conseil Maât, spécialisé sur le logement. Ajoutez-y, les frais d’entretien réguliers à prévoir sur ce type de structure et on comprend mieux pourquoi les conteneurs en acier ne permettront pas de résoudre la pénurie de logements étudiants.

 

     Suite à l'article sur le site Capital.fr, le Crous de Haute-Normandie tient à apporter les précisions suivantes. "un mode d’emploi a été fourni aux étudiants qui ne savaient pas utiliser les régulateurs des convecteurs électriques ; les étanchéités ont été contrôlées ; le fabriquant de portes va intervenir dans le courant de le semaine pour vérifier les joints des portes palières ; un contrat d'entretien a été passé pour assurer la pérennité de la structure et effacer les quelques points de rouille. Quant à l’isolation, elle fonctionne très bien, les problèmes étant surtout liés à un manque d’information sur la façon d’utiliser certains équipements. Comme toutes nouvelles structures qui ouvrent, quelques désagréments peuvent apparaître, le Crous a pris contact avec les différents intervenants pour apporter des solutions."

 

© Capital.fr

www.capital.fr

Commenter cet article