Louis Vogel (président de la CPU): "Après l’IDEX, il existe un risque de polarisation du système universitaire"

Publié le par Esprit Campus

Les réformes de l'enseignement supérieur sont au coeur du colloque de la CPU (conférence des présidents d'université), organisé les 8, 9 et 10 février 2012 à Marseille. Autonomie, IDEX, budget... Louis Vogel, président de la CPU, fait le bilan des bouversements.


Quel bilan tirez-vous des cinq dernières années pour les universités ?

Les choses ont bougé dans les universités, avec toute une série de réformes importantes. Nous devons réussir désormais à les concilier entre elles. Nous sommes toujours en plein mouvement, il faut trouver un équilibre entre les universités autonomes, l’Etat et les collectivités territoriales.

L’autonomie des universités reste pour l’instant limitée. Comment avancer dans cette voie ?

 

Pour que les universités gagnent le pari de l’autonomie, il faut des moyens financiers, mais aussi un développement très fort de la mutualisation entre universités. C’est crucial et cela passe par l’AMUE [Agence de mutualisation des universités et établissements]. Il faut une opération de re-financement de l’AMUE, pour qu’elle soit à la hauteur de l’autonomie.

Cela permettra d’assurer la cohérence de l’enseignement supérieur, en aidant toutes les universités, qui ont besoin de former leurs personnels, de se doter de logiciels nouveaux, etc.

L’année est particulière : une majorité d'universités élira un nouveau président en 2012. N’est-ce pas risqué en cette période de grands changements ?

C’est un risque et une chance. Nous assistons pour la première fois au renouvellement de plus de la moitié des présidents sur une période très courte. Ce sont les présidents de l’autonomie qui s’en vont. Le défi de la CPU est de faire la jonction, afin que les anciens forment les nouveaux.

Les résultats des IDEX viennent d’être annoncés. L’inquiétude de voir naître une Université à deux vitesses se confirme-t-elle ?

L’IDEX a tout d’abord permis de montrer que notre système universitaire est capable de produire des projets à la hauteur des standards internationaux, contrairement à ce que pouvaient dire certains classements.

Mais évidemment, il existe un risque de polarisation du système. Au niveau géographique surtout : le Grand-Ouest, le Nord, le centre Est et Rhône-Alpes n’ont rien eu. Egalement entre les disciplines : une grande partie des projets sélectionnés ont une forte densité en sciences. Le gouvernement s’en est rendu compte : il a annoncé un accompagnement du projet Hesam [SHS], et Lyon en Rhône Alpes.

La CPU veut une politique de l’enseignement supérieur globale et cohérente : l’IDEX, en tant que soi, peut être déséquilibré, à condition de rétablir l’équilibre avec d'autres actions. Les financements récurrents ne doivent pas être sacrifiés aux financements sur projets, comme les Investissements d’avenir. Le modèle français de l’excellence tire tout le monde vers le haut : il ne s’agit pas de dresser quelques champions dans le désert.

Enfin, il n’est pas irréaliste de penser que les IDEX bénéficieront à tous, grâce à la coopération entre universités.

Vous êtes à mi-mandat à la tête de la CPU. Quel est votre prochain combat ?

Nous sommes très vigilants sur les mises en réserve de crédits à venir [blocage d’une partie du budget des universités]. Nous ne savons pas encore quelle va être l’importance de cette mise en réserve. Le ministre de l'Enseignement supérieur affirme jusqu’à présent qu'il se bat pour que nous soyons le moins touchés.

Ces mises en réserve créent une épée de Damoclès au-dessus des établissements déjà fragiles financièrement, d'autant qu'elles aboutissent souvent à des suppressions de crédits.

 

sur le site educpro.fr

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