Normandie : Les étudiants Erasmus privés de bourses régionales

Publié le par Esprit Campus

Education. Le conseil régional s’apprête à amputer ses aides à la mobilité des étudiants. Question d’économies et de priorités.

 

ROUEN (Seine-Maritime). Il avait pourtant tout fait dans les règles. Paul, étudiant (non boursier) à Rouen (Seine-Maritime), a monté son dossier cet hiver pour passer l’année universitaire prochaine à Cracovie pour y prolonger par un master sa licence d’économie. Grâce à Erasmus, le rêve de l’Auberge espagnole, est à portée de main ! 160 € par mois grâce aux crédits européens, plus 120 € mensuels grâce au dispositif « Régions sans frontières » que le conseil régional haut-normand offre depuis 2005, au-delà de ses compétences obligatoires, afin de favoriser la mobilité. Une initiative partagée par de nombreuses régions ou départements français.
Mais, patatras, il a appris il y a quelques jours, presque par hasard, que le budget prévisionnel qu’il a dû bâtir tombait par terre : le lundi 26 mars prochain, le conseil régional va faire voter une réforme de ses aides à la mobilité, les réservant désormais aux seuls stagiaires dès l’année universitaire prochaine.
L’origine de cette décision est à chercher dans une promesse : celle en 2010 du candidat sortant, le socialiste Alain Le Vern, d’étendre le dispositif de la Carte Région (un crédit de paiement pour des livres scolaires et des loisirs) aux étudiants en première année dans l’enseignement supérieur. En septembre prochain, 16 000 jeunes haut-normands vont ainsi bénéficier chacun de 100 €. Coût : 1,6 million d’euros, alors que la région doit composer avec un « budget contraint ». « Evidemment cela nous a obligé à évaluer précisément les autres dispositifs publics  » défend à pas choisis la vice-présidente chargée de l’éducation, Bénédicte Marin.
Or, à y regarder de plus près, les bourses régionales « Région sans frontières » profiteraient bien aux étudiants des universités rouennaise et havraise (31 %) mais aussi largement à ceux des grandes écoles consulaires (Rouen Business School, Ecole de management de Normandie…) (28 %), aux étudiants pourtant largement moins nombreux.
Le choix a été ainsi fait de diviser par cinq le budget de « Région sans frontières (de 2,2 à 0,4 M€), en limitant son intervention aux stages (jusqu’à 12 semaines). « On revient au cœur de notre compétence de formation professionnelle en visant plutôt des jeunes d’IUT, de BTS, de L3, qui en ont vraiment besoin. Nous n’abandonnons pas l’aide à la mobilité » plaide l’élue régionale.
Pour tenter de faire passer une pilule pas si évidente à faire avaler (lire ci-dessous), la Région promet encore d’aider les établissements à décrocher d’autres aides européennes, à travers les fonds structurels dont elle a la gestion.
Si elle se confirme le 26 mars, la disparition de ces bourses régionales à la mobilité, encore vantées sur tous les sites et même au CRIJ (*), interviendrait dans un contexte particulier : le 1er mars dernier, le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, a lancé à Londres l’idée d’une relance d’Erasmus tournée vers la Méditerranée. Et avec les régions ?


(*) Centre régional information jeunesse

 

Les réactions dans les établissements normands

A l’Université de Rouen, on cache à peine son agacement sur cette décision « prise sans concertation. Le système était peut-être à revoir, on aurait pu en discuter. Mais là, cela a été fait à l’intérieur de la Région sans demander l’avis aux établissements concernés » juge tout net son directeur des relations internationales, Sylvain Lamourette. Il assure que les universités rouennaises et havraises, et les grandes écoles d’ingénieurs de la région (Rouen Business School, Esigelec…) sont tous « très inquiets » des conséquences de la mesure.
« Cela va forcément avoir un effet négatif sur le nombre de candidats haut-normands à la mobilité en Europe. Déjà, on constate une diminution des candidatures (NDLR : 247 contre 380 l’année dernière). Je pense qu’au final on aura au moins 30 % de départs en moins. Certains, qui ont déjà constitué leur dossier avec l’aide régionale, vont être contraints de se désister. Et au Havre, cela va freiner le développement de certaines formations. »
Le responsable universitaire craint également un amoindrissement de l’attractivité de la région pour les étudiants et de devoir revoir à la baisse le nombre d’étudiants européens accueillis dans la région.
Au conseil régional pourtant, Bénédicte Marin continue d’assurer que les acteurs régionaux de l’enseignement supérieur « ne vivent pas cette décision comme un désengagement »...

Pour en savoir plus sur Eramus

- Région sans frontières : Quelque 2 400 bourses à la mobilité ont été versées lors de l’année universitaire 2009-2010 à des étudiants haut-normands dont la moitié pour des séjours d’études Erasmus. L’aide est de 75 € par semaine pour les boursiers sur critères sociaux et de 30 € par semaine pour les non boursiers, plus une prime de départ de 150 €. 750 étudiants des universités rouennaise et havraise en ont bénéficié. A Rouen Business School, l’année dernière ils ont été 350.
- Plus de 2 millions de bénéficiaires : 30 221 étudiants français ont bénéficié lors de l’année universitaire 2009-2010 d’une bourse d’échange Erasmus, soit une hausse de 6,9 % par rapport à l’année antérieure : 24 426 ont suivi des études (+ 3,7 %) et 5 795 un stage (+ 22,7 %). Le seuil de deux millions a été franchi en Europe en 2010.
- L’Europe veut aller plus loin : L’Union européenne a adopté le principe d’une augmentation, à partir de 2014, de 70 % de son budget consacré à Erasmus avec l’objectif d’une progression à cinq millions du nombre de bénéficiaires. Cette année on fête les 25 ans du dispositif.

 

Par thierry Delacourt pour le site Paris-normandie.fr

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