Ouverture sociale dans l’enseignement supérieur : où en est-on ?

Publié le par Esprit Campus

Le débat sur l'ouverture sociale des filières de l'enseignement supérieur est au coeur des préoccupation de ses acteurs. Les chiffres de l’Observatoire de la vie étudiante  sur la part des enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures » dans les différentes filières sont sans appel : ils trustent 52 % des places en management et 49 % en santé, les deux filières les plus difficiles d’accès pour les élèves issus de familles modestes, alors qu’ils ne représentent que 8,8% de la population active. Quant aux enfants d’ouvriers et d’employés, l’enquête de l’OVE pointe qu’ils sont « sous-représentés dans l’ensemble de l’enseignement supérieur et dans tous les types d’études, à l’exception notable des STS et des instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) où ils représentent respectivement 44% et 42% des effectifs ».


 La part des enfants de cadres selon les filières d’études

Management 52
Santé 49
CPGE 48
Culture 47
Ingénieurs 46
Université 33
IUT 25
IUFM 23
IFSI 17
STS 16
Ensemble 35

 

Un débat à l'Ecole Polytechnique le 28 mars

C’est justement à la thématique « L'ouverture sociale dans l'Education et les études supérieures : où en est-on ? où va-t-on ? » que l'Association Paestel (*) va consacrer un débat le 28 mars prochain à l'Ecole Polytechnique. Une journée de rencontre et de débats, ouverte au public sur simple inscription,  à laquelle participeront notamment le sociologue Christian Baudelot ou la responsable du pôle ouverture sociale des grandes écoles Chantal Dardelet.

Le débat est lancé ici sur l'aspect égalitaire des filières du supérieur, avec un focus sur la comparaison « prépa-université » dans ce texte écrit par Vincent Bansaye, président de l'Association Paestel, que je vous invite à lire ci-dessous. Ce débat pourra évoluer et se décliner dans les prochaines semaines autour de certains thèmes du débat  comme « les lycées sont-ils égaux ? », « Niveau et vocations en maths physique chimie : beaucoup d'inquiétudes», « les maths : une matière qui sectionne : est ce juste ? »


« Sur les questions d'ouverture sociale, la filière prépa – grande école est vue comme profondément inégalitaire. Elle semble en effet consacrer les catégories socio professionnelles supérieures. Certains chiffres sont indéniables. Pourtant, le jugement est à nuancer. En soi les classes préparatoires offrent une formation très poussées, avec un accompagnement et un suivi très forts, par des enseignants auxquels on demande beaucoup d'investissement. La sélection s'assouplit à l'entrée, tout comme les pratiques excessives dans la notation.

 

Elles peuvent ainsi prétendre tirer vers le haut chaque élève, indifféremment de son origine sociale. Plutôt que de laisser cette mission au milieu d'origine ou aux cours privés pour ceux qui en auraient les moyens. De plus, les classes préparatoires sont bien réparties sur le territoire et leur coût est faible. Elles offrent aussi souvent des internats bon marché, même si quelques progrès restent à faire, notamment pour les filles.

 

Le problème de l’égalité des chances se pose en fait principalement avant la prépa, à la fois dans l'enseignement secondaire (voire primaire), dans l'accompagnement (ou éveil scientifique culturel) des jeunes, ou bien dans l'information sur l'orientation. Là clairement les chances sont très inégales et beaucoup reste à faire.

 

La filière prépa n'en est pas pour autant exempte de critique. Le manque de temps pour soi ou pour prendre du recul (ou du plaisir) sur les matières étudiées est parfois patent. Mais elle transmet des méthodes de travail, une exigence de rédaction, une rigueur et un éventail de techniques ou compétences appréciables. Et d'autant plus appréciées des employeurs qu'on en demande moins au lycéens aujourd'hui sur ce plan là. La filière prépa n'est pas un vecteur clair d'inégalité social en soi  mais plutôt, venus les concours, le reflet des inégalités du système.

 

L'autre problème soulevé est alors plutôt la manière dont notre système juge avec les concours à bac +2/+3, et cela sûrement de manière bien trop lourde et décisive. Alors que les qualités créatrices ou humaines ne sont probablement pas encore révélées, les compétences techniques peut être encore seulement en germe, notamment chez des publics moins favorisés. Notre capacité à savoir faire bouger ces lignes est un élément clef tant pour l'ouverture sociale que pour la qualité de nos formations, de nos entreprises.

 

Par ailleurs, clairement, la filière préparatoire ne convient pas à tout le monde. L'université offre souvent d'excellentes formations, avec un rythme et une ouverture qui peuvent permettre de concilier ouverture et formation scientifique et qualité de vie. Si elle a besoin d’être revalorisée, en particulier en licence, et a aussi besoin d'évoluer, notamment sur  les questions de la sélection ou des droits d'inscriptions, elle offre ainsi dans les filières scientifiques de nombreux débouchés. Et bien souvent des enseignements de meilleurs qualités que des établissements qui se cachent derrière les noms « Ecole » ou « Grande Ecole », bien plus vendeurs chez les élèves. Ses liens avec la recherche et l'étranger, sa capacité naturelle à explorer l'interdisciplinarité ou à laisser le choix des enseignements, permetent à de nombreux étudiant un meilleur épanouissement. D’autant que les passerelles entre université et grandes écoles tendent à se multiplier. Plutôt qu'un clivage, nous pouvons espérer voir émerger deux filières complémentaires avec des liens de nature diverses.

Une réponse intéressante sera peut être fournie par  le nouvel Institut postbac Paris 5 - Paris 11-Paris Tech qui s'adresse en priorité aux élèves non favorisés. Il  s'inspire de certaines bonnes recettes des classes préparatoires (internat, encadrement, nombres d'heures, exigences, contrôle continu...) et va aussi chercher des idées du côté de l'université en mettant au cœur de sa formation  le lien avec les laboratoires,  les projets individuels et l'apprentissage par projet, l'interdisciplinarité. Ces jeunes auront à la fin une licence et des chances de poursuivre dans une grande école ou une université. » Le débat est lancé. A suivre...

 

 

(*) L'Association Paestel a été fondée par 5 membres moraux : l'Ecole Normale supérieure, l'Ecole Polytechnique, l'Association Paris Montagne, l'Association Science Ouverte, l'Association Tremplin et 4 membres physiques qui en constituent le Bureau : Vincent Bansaye (président), Boris Godefroy (trésorier), Claire Ballue (Secrétaire), Nicolas Jacquet (Vice secrétaire)

 

Sur le site orientation.blog.lemonde.fr

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