Un zéro pointé pour la formation des maîtres

Publié le par Esprit Campus

La Cour des comptes dresse un bilan accablant de la réforme : « Précipitation », « dysfonctionnements », « enseignants débutants confrontés à des conditions de travail défavorables », « problème de recrutement »...

Les objectifs étaient séduisants : recruter des professeurs à un plus haut niveau, celui du master (bac + 5), et mieux les former par un apprentissage direct devant les élèves. Mais l'application de cette réforme, mise en oeuvre en septembre 2010, a soulevé un tollé chez les syndicats d'enseignants, les directeurs d'établissements, les présidents d'université et les parents d'élèves. La Cour des comptes s'est penchée sur le sujet. Ses conclusions sont cinglantes.

Les ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur devaient, comme les autres, réaliser des économies. La réforme a entraîné la suppression nette, pour 2011, de 9 567 emplois. Ceci aurait pu « rapporter » 707 millions d'euros. Mais, une fois les mesures d'accompagnement de la réforme financées, l'économie ne s'élève plus qu'à 370 millions.

Affectés dans deux ou trois établissements

Les magistrats critiquent aussi « la rapidité » avec laquelle le dispositif a été appliqué, et ses conséquences. Des enseignants ont débuté « dans des conditions défavorables, alors que 70 % d'entre eux n'avaient aucune expérience ».

La Cour recense : parmi les 15 763 stagiaires concernés, beaucoup ont été affectés dans une école relevant de l'éducation prioritaire. D'autres intervenaient dans deux ou trois établissements, « ce qui rendait particulièrement difficile leur intégration ». Pour beaucoup, le service a été alourdi par des heures supplémentaires.

Les conseils prodigués par un collègue chevronné sont précieux. Las, « 23 % des stagiaires n'étaient pas dans le même établissement que leur tuteur » !

Qui veut devenir prof dans ces conditions ? « Le vivier de candidats aux concours s'est réduit de plus de 50 000 inscrits ». En 2011, selon la Cour, « il n'a pas été possible de pourvoir à 826 postes du second degré, dont 376 en mathématiques, 155 en lettres modernes ou 131 en anglais ».

« En 2012, le nombre de candidats aux métiers de l'enseignement est en hausse de 10 %. La phase de désaffection est passée », a réagi, hier, Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur, dans les couloirs de la Conférence annuelle des présidents d'université, à Marseille. « La Cour des comptes s'appuie sur des chiffres qui commencent à dater. »

Et le fait d'envoyer les nouveaux profs directement devant les élèves ? « Le système est perfectible », admet le ministre qui ajoute : « Il y a cinq ans, il y avait trente sites en France (les IUFM, Instituts universitaires de formation des maîtres) qui dispensaient la formation. Aujourd'hui, il y a 500 masters dans les universités ».

 

(avec Philippe SIMON) sur le site de ouest-france.fr

Commenter cet article