Universités : le programme Erasmus s'essouffle

Publié le par Esprit Campus

Marie-Estelle Pech
lefigaro.fr 05/11/2009

Les étudiants français sont moins argentés et moins mobiles qu'il y a dix ans. Ils préfèrent un stage en entreprise que des études à l'étranger.

Le film à succès L'Auberge espagnole est l'arbre qui cache aujourd'hui une forêt de moins en moins fournie. Paradoxalement, ce film de 2001 portant sur des étudiants européens expérimentant une vie plutôt oisive à Barcelone «a fait du mal au programme d'échange Erasmus», affirme Jean Bertsch, le directeur de l'agence Europe-Éducation-Formation France. L'idée qu'une année d'études à l'étranger, c'est «apprendre quelques langues, s'amuser et s'émanciper de sa famille, c'est aujourd'hui fini», affirme-t-il. Au point qu'en 2007-2008, sur plus de 27 000 bourses mises à disposition en France, 4 000 n'ont pas trouvé preneurs… Étonnant.

Cet essoufflement est général. Le mois dernier, le commissaire européen pour l'Éducation, Maros Sefcovic, a lancé une alarme sur le fait qu'une dizaine de pays connaissaient même une «inquiétante» baisse qui atteint parfois jusqu'à 10 %. C'est le cas de la Suède, par exemple, qui comptait il y a dix ans 3 300 étudiants Erasmus contre 2 300 aujourd'hui, seulement. Au reste, ce programme dont on parle tant ne touchait à son apogée qu'à peine 3 à 4 % de la population étudiante européenne. «Contrairement à l'idée reçue selon laquelle la mondialisation aurait un effet entraînant, les étudiants français sont de moins en moins mobiles», a récemment indiqué Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, lors d'une conférence devant un think-tank européen, l'institut Thomas More. Des groupes de travail qui se sont penchés depuis deux ans sur le sujet ont révélé «une absence de désir de mobilité chez les jeunes», a relevé Valérie Pécresse. Selon le Centre d'analyse stratégique (CAS), cette réticence de nombreux étudiants à la mobilité est souvent liée à leur milieu social d'origine. Pour Jean Bertsch, le fait d'aller durant un semestre à l'étranger n'est par ailleurs «pas encore assez ancré dans la culture française». Timidité et peur vis-à-vis des langues jouent toujours à plein.

Étudier à l'étranger reste par ailleurs un luxe. En période de crise, de surcroît, cette faible mobilité peut aussi s'expliquer par le montant des bourses, qui, avec 150 euros mensuels, ne couvrent pas les dépenses du quotidien. Cependant, fait-on observer au ministère de l'Enseignement supérieur, les étudiants dont les parents sont non imposables ont droit à une bourse de 400 euros par mois, cumulable avec des bourses sur critères sociaux. D'autres raisons expliquent donc l'hésitation de certains étudiants : en dépit de l'harmonisation des diplômes introduite grâce au système LMD (licence-maîtrise-doctorat), tous les établissements d'enseignement supérieur n'apportent pas la garantie que la période à l'étranger sera prise en compte dans le parcours de formation. Aujourd'hui, «20 % des cursus suivis dans le cadre d'Erasmus ne sont pas reconnus», selon le CAS. Autrement dit, après une année à l'étranger, des étudiants sont amenés à repasser des matières, voire à redoubler dans leur établissement d'origine.
 
L'exotisme ne suffit plus
 
La solution pour obtenir davantage de mobilité étudiante pourrait, selon Jean Bertsch, venir des stages. «L'envie d'exotisme ne suffit plus. Les étudiants attendent désormais davantage de se situer dans une perspective d'insertion professionnelle.» En effet, si les échanges étudiants stagnent ou n'augmentent que faiblement, les stages en entreprise pendant les études, subventionnés par Erasmus, obtiennent en revanche un vrai succès. Alors le programme a évolué pour coller aux nouvelles envies de cette génération. Pour la première fois, en 2007-2008, pas moins de 20 000 étudiants, dont 3 389 Français, ont pu effectuer des stages en entreprise ou dans des organisations d'autres pays. Tel était le cas de Marcel Musabimana, le deux millionième étudiant Erasmus. Ce jeune Français, étudiant en management d'unités de production à l'Institut supérieur de promotion industrielle de Châlons-en-Champagne, a réalisé, au cours de l'année universitaire 2008-2009, un stage Erasmus au sein de la filiale roumaine du groupe Total. Un exemple qui fait rêver aujourd'hui et qui est décidément bien éloigné de l'image d'Épinal de L'Auberge espagnole.

Publié dans En France et ailleurs

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