Quand la colocation vire au cauchemar...

Publié le par Esprit Campus

Lemonde.fr le 20 octobre 2009

Pour Geoffroy, 19 ans, apprenti dans une école de réparation de pianos au Mans, la colocation dans un quatre-pièces de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), où il suit une formation en alternance à la manufacture Pleyel, a été une drôle d'épreuve. "Mes deux colocataires sont un garçon, surveillant de lycée et musicien de reggae, et une fille, vendeuse dans un magasin de chaussures, raconte Geoffroy. Le garçon, très calme, se lève tôt le matin, comme moi, et se couche dans la soirée. La fille, qui travaille seulement l'après-midi, faisait la fête jusqu'à 2 ou 3 heures du matin. Une nuit, son petit ami est entré dans ma chambre et a allumé la lumière. Une autre fois, j'ai trouvé des draps qui ne m'appartenaient pas dans mon lit, si bien que j'ai fait poser une serrure sur la porte de ma chambre. La fille a ensuite hébergé sa soeur dans le salon pendant quatre mois et il y a eu encore plus de bruit, poursuit-il. J'ai menacé de ne payer que le quart de mon loyer. En représailles, elles ont percé toutes mes boîtes de conserve et débouché mes packs de jus de fruit, si bien que j'ai déposé une main courante au commissariat. L'agence immobilière et le propriétaire ne sont pas intervenus."

Le cauchemar a miraculeusement pris fin lorsque "la fille a rencontré un copain qui se couche tôt et qui l'oblige à faire pareil", termine le jeune homme.

La colocation séduit beaucoup de jeunes, mais peut parfois tourner en mauvais film
, comme le montrent un certain nombre d'appels au secours reçus par l'Association départementale d'information sur le logement (ADIL 75). Dans une récente étude, l'ADIL formule des propositions de modifications législatives à l'intention du ministère du logement.

Premier constat : la formule la plus avantageuse pour les colocataires consiste à signer chacun de son côté un bail leur donnant droit à une partie du logement (telle chambre par exemple) et à l'occupation commune des autres pièces. Elle suscite très peu de litiges. Pourtant, les propriétaires ne l'utilisent guère, car elle les oblige à signer un nouveau bail à chaque changement de locataire.

Les propriétaires préfèrent imposer la formule du bail unique, cosigné par tous les locataires : si l'un d'eux s'en va, les autres assument sa quote-part. Ce bail est presque toujours assorti d'une clause de solidarité qui impose au partant de continuer à payer les loyers et les charges jusqu'à l'expiration du bail. Un véritable piège, puisqu'un bail dure au minimum trois ans et peut être reconduit tacitement. L'ADIL assure que des locataires ayant donné leur congé et trouvé un remplaçant ont été sollicités par le propriétaire pour payer les loyers du remplaçant.

Les parents qui se sont portés caution pour leur enfant peuvent aussi avoir une mauvaise surprise s'ils n'ont pas limité leur garantie à sa personne : après le départ de celui-ci, le propriétaire peut leur demander de payer les loyers ou les charges imputables à un locataire défaillant. La solution consiste alors à attaquer en justice ce débiteur, en espérant qu'il soit solvable, et moyennant de nouveaux frais.

"Cette clause est difficilement acceptable pour des colocataires en début de parcours dans la vie étudiante ou la vie active et dont les chemins se séparent au gré des opportunités", note l'ADIL
, qui propose de remplacer la clause de solidarité par l'obligation, pour les locataires, de souscrire une assurance contre les impayés de loyer au profit du propriétaire.

L'ADIL conseille surtout aux locataires de désigner un mandataire, chargé de payer le loyer pour le compte de tous et de faire respecter les règles de la vie en communauté : les heures des visites ou des repas, la répartition des tâches ménagères... et même le planning de l'usage de la salle de bains.



Les Franciliens champions de la cohabitation

La colocation séduit beaucoup de jeunes, comme le montre une récente enquête du site Appartager.com : 52 % des colocataires ont de 18 à 24 ans et 32 % de 25 à 34 ans. C'est l'Ile-de-France (où le marché immobilier est tendu) qui compte le plus grand nombre de colocataires, à en juger par les caisses d'allocations familiales. En 2007, les bénéficiaires d'une aide au logement étaient 7 % à cohabiter dans la capitale, contre 3,4 % sur l'ensemble du territoire.

Publié dans En France et ailleurs

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