Universités : les questions que fait resurgir le conflit

Publié le par Esprit Campus

22/05/09

Le conflit touche à sa fin. Face aux derniers blocages, l'idée de faire voter les étudiants refait surface. Les universitaires s'interrogent sur leur feuille de paie et sur le devenir de la loi autonomie.
Après quatre interminables mois, le conflit dans les universités touche désormais presque à sa fin. Toutefois, la cicatrisation sera longue au sein de la communauté universitaire et la crise a fait resurgir des questions sur le fonctionnement des facs. Tour d'horizon.


· La légitimité des blocages
Six universités (Toulouse-II, Marseille-I, Amiens, Caen, Nancy-II, Reims) demeuraient encore bloquées mercredi. Une situation qui fait des mécontents sur les campus concernés, même si les « antibloqueurs » se sont peu manifestés. Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, a demandé mercredi « la mise en place pour l'avenir d'un système de vote démocratique » dans les universités : un « bulletin secret, envoyé à domicile à tous les étudiants pour qu'ils se prononcent sur les mouvements de grève dans leur établissement ». L'idée n'est pas neuve : pendant sa campagne, Nicolas Sarkozy avait souhaité qu'« une loi impose le vote à bulletin secret dans les huit jours du déclenchement d'une grève dans (...) une université ». Valérie Pécresse s'est dite, elle, favorable mercredi à la généralisation des « consultations directes par Internet des étudiants ».

· L'organisation des examens
Les présidents ont été priés de retrousser leurs manches, si besoin avec le concours des recteurs : les prochaines semaines doivent être consacrées au rattrapage des cours et aux partiels. Une organisation complexe : non seulement la session de rattrapage est obligatoire dans les textes, mais les épreuves devront correspondre à des cours réellement tenus. Le gouvernement a, lui, prévu des mesures d'accompagnement social (bourses, logement) en cas de prolongation de l'année et n'exclut pas d'organiser certains examens dans des locaux extérieurs.

· Le décompte des jours de grève
Les présidents d'université en sont persuadés : il faudra un peu de temps pour « panser les plaies » en interne, d'autant que certains contestataires veulent poursuivre la mobilisation. Toutefois, certaines questions concrètes vont se poser très vite, comme celle du décompte des jours de grève, qui doivent en principe faire l'objet d'une retenue sur salaire. Pour cela, les enseignants doivent se déclarer grévistes, ce que beaucoup n'ont pas fait, arguant que leur temps de travail ne se calcule pas sur un mois, mais sur un an (ils « doivent » à l'université 192 heures de cours, sans compter la recherche). Cette annualisation rend le contrôle par l'administration difficile. Selon le Snesup-FSU une vingtaine d'établissements (Aix, Lyon, Nancy, Nantes, Lille...) auraient déjà proféré des « menaces » ou déjà effectué des retraits de salaire. Le syndicat dit être intervenu à Toulon, où 15 personnes risquaient, dit-il, de se voir retirer jusqu'à 98 jours de salaire (de 7.000 à 9.000 euros). La CPU estime, cependant, que la plupart des présidents joueront la carte de l'apaisement et ne pratiqueront pas de retenues massives.

· Le devenir de la loi autonomie
C'est l'une des grandes inconnues de cette fin de mouvement : la crise refroidira-t-elle les ardeurs des facs censées passer à l'autonomie ? Dix-huit d'entre elles avaient fait le grand saut en janvier ; d'autres doivent suivre. Pour tenter de dissiper les inquiétudes, Valérie Pécresse a affirmé dans « Le Figaro », mercredi, que « l'administration deviendra moins tatillonne » « au fur et à mesure que l'université prend[ra] ses responsabilités ». Soucieuse de montrer que la marche vers l'autonomie, enclenchée par la loi, n'est pas stoppée, elle a précisé que 7 universités (Paris-VI, Corte, Toulouse, Clermont-Ferrand, Poitiers, Avignon, Marne-la-Vallée) ont déjà demandé à pouvoir gérer leur immobilier. Reste à savoir si les facs seront aussi audacieuses en matière de ressources humaines, au coeur du conflit cet hiver.

· Le financement
Le gouvernement poursuivra-t-il son effort en direction de l'enseignement supérieur et de la recherche (+ 1,8 milliard d'euros en 2009) ? Les 900 postes supprimés au budget 2009 ont irrité l'ensemble de la communauté universitaire. Le gouvernement a tenu bon - hormis le dégel de 130 postes de chercheur -, mais s'emploie à distiller un message apaisant pour 2010 : « Les effectifs dans l'enseignement supérieur et la recherche seront stables », a affirmé le ministre du Budget, Eric Woerth, lundi dans « Les Echos ».

LAURENCE ALBERT, Les Echos

Publié dans Actu étudiante

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